
Roman de Mona Awad.
Duchesse, Cupcake, Poupée Flippante et Vignette composent le groupe des Bunnies. À distance, Samantha observe ces quatre jeunes femmes fusionnelles jusqu’à l’absurde. « Tu me manques, Bunny, se disent-elles avec leurs fausses voix de fillettes, alors même qu’elles se tiennent côte à côte, putain. » (p. 10) L’étudiante a bien peu en commun avec ses camarades du programme d’écriture de l’université de Garenn et sa créativité est au point mort. Peut-être devrait-elle suivre les conseils d’Ava, sa fantasque amie, si provocante, qui a rejeté le cadre artistique trop sage et formel de l’école. Et pourtant, quand Samantha est invitée par les Bunnies à une soirée privée, elle ne peut pas résister. « Un fervent petit cercle débordant d’amour et de bienveillance. » (p. 6) Commence pour elle une descente infernale dans un monde étrange et inquiétant, entre sexualité animale et aliénation identitaire. « Nous te trouvons vulnérable, désespérée, mais fascinante. » (p. 99) Alors que des meurtres terribles se produisent sur le campus et dans les environs, Samantha ne distingue plus la réalité, la fiction et les hallucinations.
Imaginez un roman au croisement de Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates, de Frankenstein de Mary Shelley, du Maître des illusions de Donna Tartt, d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et de Carrie de Stephen King. C’est ça, Bunny : un texte mordant, troublant, terrifiant, sans concession sur l’université, les groupes d’étudiant·es, les riches, la folie et les velléités créatrices. Les chapitres nous font suivre une jeune femme qui se perd, se cherche, se retrouve et découvre. L’atmosphère érotico-horrifique est étouffante, mais addictive : comment ne pas vouloir connaître la suite ? Qu’advient-il des petits mammifères que les étudiantes attrapent sur les prairies du campus ? « On ne plaisante jamais à propos des lapins, Bunny. » (p. 55) Bunny, c’est le récit d’une solitude hurlante qui cherche à tout prix à faire société, mais il n’est pas simple de trouver ses semblables quand tout n’est qu’individualisme et particularité. J’ai dévoré ce roman avec fébrilité, et pas uniquement pour les lapins ! Je comprends pourquoi Margaret Atwood l’a encensé : avec son premier texte, Mona Awad a amorcé une œuvre qu’il me tarde d’explorer !