Gloire aux nageuses est-allemandes

Texte de Stéphanie Hochet. À paraître le 14 octobre.

Kristin Otto, Kornelia Ender et tant d’autres étaient les Wundermädchen de la DDR, la Deutsche Demokratische Republik. « Ces filles aux superpouvoirs physiques et physiologiques incarnaient à elles seules la réussite de l’idéologie communiste. Elles firent beaucoup pour l’image de ce petit État soviétique, ce morceau d’Allemagne coincé de l’autre côté du rideau de fer. » (p. 9) Enfant, puis adolescente, Stéphanie Hochet était fascinée par les prouesses sportives de ces très jeunes nageuses lointaines, mais aussi par leurs physiques sculpturaux. C’était normal, pour cette gamine élevée selon la doxa du PCF, d’admirer ces athlètes qui raflaient toutes les médailles. Adulte, l’autrice décortique la machine communicationnelle, la propagande soviétique qui jouait à plein autour des athlètes de la RDA. « Dans les régimes totalitaires, le corps des athlètes est politique, il est sculpté pour impressionner, l’État s’incarne en eux. » (p. 19)

Pendant un temps, Stéphanie Hochet s’est rêvée nageuse, inspirée par les beautés blondes qui fendaient les eaux des piscines internationales. Son renoncement tient moins à ses performances sportives qu’au dessillement de sa conscience devant l’entraînement quasi martial de ses héroïnes et le dopage pratiqué, parfois à leur insu. « Je souffre un peu d’ostalgie, je l’avoue, quand je repense au règne des nageuses de ce petit pays disparu. » (p. 38) Il n’en reste pas moins que les sportives sculptées par la nage et la musculation ont nourri l’imaginaire érotique de l’autrice, balayant avec raison les ineptes normes de beauté : comment oser prétendre que ces jeunes femmes n’étaient pas sublimes ? Et j’ai vu des déménageurs plus étroits qu’elles… Si la musculature féminine déplaît autant aux hommes, c’est parce qu’elle leur rappelle que les heures de leur domination sont comptées…

Publié aux éditions 49 qui promettent des lectures courtes qui durent longtemps, l’essai de Stéphanie Hochet est musclé et jette, sans aucune éclaboussure, un pavé dans la mare : on peut admirer le résultat d’une idéologie tout en vomissant celle-ci. Les nageuses est-allemandes ont été créées pour présenter au monde un idéal de victoire qui masque la réalité de la dictature communiste soviétique. Petite cerise sur le gâteau, Stéphanie Hochet cite Michel Tournier, un de mes maîtres à penser. Bref, lisez ce petit ouvrage : il parle de femmes, de liberté et d’espoir.

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