
Roman de Terry Pratchett.
« Un jour, une tortue va apprendre à voler. » (p. 4) Alors, pas loin, mais pas tout à fait… La tortue lâchée par un aigle dans un carré de melons, c’est le dieu Om. Comment s’est-il retrouvé sous cette forme ? C’est compliqué, comme une relation Facebook qu’on n’arrive pas à définir. « Ce dont les dieux ont besoin, c’est de foi, et ce que veulent les hommes, ce sont des dieux. « (p. 8) Il semblerait donc que la foi dans le grand dieu Om ait singulièrement diminué, au point que l’ancienne puissance ne peut plus se retourner toute seule si elle finit sur le dos. Par chance, pas loin du carré de melons, il y avait Frangin, novice, qui semble être le dernier à éprouver une vraie foi, sincère et profonde. Il est également doté d’une mémoire phénoménale et totalement dépourvu de la capacité d’imaginer. Alors que le temps du huitième prophète approche, la dévotion est un sujet majeur. En ce sens, le diacre Vorbis, grand maître de la Quisition, est bien décidé à soumettre enfin Ephèbe, repaire de philosophes et de libres penseurs, et tous les hérétiques qui prônent que le monde ne serait pas rond, mais plat et posé sur le dos d’une tortue géante, elle-même supportée par quatre éléphants. « Les idées folles et sans fondement ont une fâcheuse tendance à circuler et à frapper les esprits. » (p. 23)
Avec ce volume, Terry Pratchett nous offre encore un petit gars tranquille, pas le plus intelligent ni le plus courageux, à la rencontre d’un destin qui le dépasse. La crise métaphysique de Frangin, débordé de connaissances, mais jamais ébranlé dans sa foi, est vraiment touchante de mon point de vue de croyante, tout comme sa traversée – littérale – du désert. Je salue la façon dont l’auteur étrille les faux dévots et les vrais arrivistes qui se verraient bien prophètes d’une divinité dont il est si facile d’interpréter les volontés et les paroles, mais sans jamais ridiculiser les personnes qui se contentent de croire, simplement. Les petits dieux interroge habilement la différence entre vérité, foi, croyance, savoir et opinion. Face à Frangin, Vorbis est un personnage magnifiquement caractérisé : cet ambitieux belliqueux s’embarrasse bien peu de la culpabilité et de l’innocence de ses victimes. « Le soupçon avait valeur de preuve. » (p. 48) Régner par la terreur est une méthode vieille comme le monde.
Enfin, comme la Mort qui découvre ce que sont l’existence et le temps, Om découvre la précarité de la divinité quand plus personne ne vous porte aux nues : difficile de n’être plus rien quand on a été omnipotent. « Les dieux n’ont personne à qui adresser des prières. » (p. 54) C’est bien beau d’être une puissance divine : quand on a l’allure du repas d’un prédateur, ça craint ! Parce qu’il paraît que c’est très bon, la tortue… J’ai encore passé un très bon moment avec ce treizième tome des Annales du Disque-Monde, entre fous rires irrépressibles et réflexion bien menée.
Si j’avais du temps, je me lirais bien toute la série. Peut-être à la retraite ! 😄
J’en lis un de temps en temps, c’est un plaisir que je fais durer.