
Bande dessinée d’Aimée de Jongh, adaptée du roman de William Golding.
Un avion s’écrase sur une île perdue. Les quelques adultes de l’équipage sont morts. Ne restent que les enfants, des petits mômes et des presque adolescents. Un bateau viendra les secourir, c’est certain, mais en attendant, il faut s’organiser. Le plus important est-il de construire des cabanes, de chasser ou d’entretenir le feu qui indique leur présence ? Et qui décide de ce qui doit être fait ? « Je devrais être le chef parce que je suis le premier enfant de chœur. Je monte jusqu’au do dièse. » (p. 40) Les semaines passent, aucun navire ne se présente et la bande de rescapés se déchire : d’un côté, un garçon responsable ; de l’autre, un sauvage en puissance. « Le masque était devenu autonome, et Jack se cachait derrière, libéré de toute honte et de toute gêne. » (p. 124) La faim, la crasse, la fatigue et l’angoisse grignotent peu à peu l’espoir, la normalité et les principes sociaux. « Des gamins avec des bâtons » (p. 213), voilà ce qu’ils sont devenus. À mesure que les tabous tombent et que la violence se déchaîne, le retour au pays semble de plus en plus impossible. « J’ai peur. Peur de nous. Je veux rentrer chez nous. » (p. 270)
Ce roman a profondément marqué mon année de cinquième. Je ne l’ai pas relu depuis le collège, craignant d’affadir l’impression qu’il a laissée en moi. L’adaptation en roman graphique est une excellente façon de revenir à cette histoire. Aimée de Jongh propose des planches sidérantes qui rendent parfaitement justice à cette cruelle robinsonnade juvénile. « Peut-être qu’il n’y a aucune grande personne ici. » (p. 18 &19) Comme dans le roman, l’extrême fin de l’aventure est un mélange complexe de sentiments, entre soulagement, horreur et incompréhension. Voilà une adaptation BD particulièrement réussie ! Et d’Aimée de Jongh, je vous conseille le superbe Jours de sable.































