
Roman d’Eduardo Berti.
À mesure des témoignages, des photos et des archives se dessine le portrait d’Eliseo Alegre, prodige du football argentin. Son enfance difficile et le stigmate qui isole sa mère dans le petit village de Los Pozos disparaissent quand le garçon révèle son talent pour ce sport qui est presque une religion en Amérique latine. « Eliseo a réinventé, me semble-t-il, l’équilibre entre le pied qui frappe et celui est censé servir d’appui. » (p. 46) De l’équipe de l’école à l’équipe du village, puis dans des formations plus reconnues, le sportif stupéfait toute personne qui le voit jouer. Mais voilà le hic, dès qu’il en a la possibilité, Eliseo abandonne le sport pour lequel il est tellement doué. « Cela confirme qu’il s’en fichait du football. Et de manière excessive. De manière extrême. » (p. 77) S’il jouait, c’était pour les autres, pas pour lui : lui, il n’aimait pas le football. Et c’est précisément ce mystère que tente de percer le documentaire qui est tourné au sujet d’Eliseo Alegre.
Le footballeur du titre n’existe pas. Dans son faux documentaire, l’auteur invente un parcours à la Maradona et interroge d’une part les passions que fait naître le football, d’autre part les ficelles du montage vidéo qui jouent ouvertement sur les sentiments de l’audience. C’est brillant à plus d’un titre. J’ai suivi cette fausse biographie, nourrie de témoignages parfois contradictoires, avec un intérêt d’autant plus fort que le protagoniste est le seul à exprimer de l’indifférence pour le sport qui fait vibrer des nations entières. « Pourquoi est-il si rare d’être touché par un immense talent pour une activité que l’on n’aime pas ? » (p. 24) Le roman se lit vite et avec la ferveur que l’on ressent dans les stades. Pauvre Eliseo Alegre, catapulté dans un destin dont il ne voulait pas. « Nous sommes, je me le répète parfois, une poignée de passagers dans une gare qui n’existe pas, attendant un train qui ne viendra jamais. » (p. 4)





























