
Roman de Pierre Adrian.
Moine prémontré, Pierre a 75 ans et il est curé dans la vallée de l’Aspe. Le narrateur, jeune homme venu de Paris, passe quelque temps dans le monastère isolé, posé quelque part sur le chemin de Compostelle. « Tant qu’elles garderont leurs portes ouvertes, les églises resteront cette terre d’asile, une sébile d’intentions. On vient chercher la protection à l’ombre des statues à la peinture fanée. » (p. 41) Au fil des jours, entre Béarn et Pays basque, le narrateur accompagne frère Pierre et rencontre celleux qui vivent aux alentours. Qu’iels aient la foi ou non, qu’iels fréquentent l’office ou n’y mettent plus les pieds, iels peuvent toujours compter sur l’oreille et l’aide du vieux moine qui, infatigable, sillonne les routes de la vallée dans sa vieille voiture. « Il ne supporte pas d’assister à la chute d’un homme. » (p. 129) Patient et pragmatique, Pierre est l’image même du berger attentif décrit dans les Saintes écritures. Il accueille et accompagne les paysan·nes, les solitaires, les pèlerin·es, les toxico·es, les taulard·es, les paumé·es, les tristes, les colériques, les résigné·es, les exalté·es, etc., toute une société d’humbles gens qui connaît la valeur des choses et le poids des vrais chagrins. « Après tout, nous sommes tous des âmes simples et perdues. Des hères qui rôdaillent en fond de vallée, incapables à la hauteur. Faibles à l’espérance. » (p. 172)
L’auteur manie la langue avec justesse et poésie, usant parfois d’adjectifs que l’on n’aurait jamais pensé accoler à un mot et qui, soudain, sont l’évidence. Ce roman me rappelle la beauté des textes de Sylvie Germain et la prose poétique si humaine de Christian Bobin. Je me reconnais profondément dans les mots que Pierre Adrian pose sur la religion.« Ceux qui assimilent la foi à du roc se trompent. Ou ils sont bien sûrs d’eux. Elle est un marécage, une ténèbre. Elle a ses chemins de pierre criblée de trous. » (p. 142) Et pourtant, la foi résiste : elle vacille, mais reste vaillante dans le cœur de certain·es. La foi, ce n’est pas (uniquement) s’agenouiller devant les statues, jeter une obole dans un tronc ou prier férocement à chaque heure du jour. La foi, c’est le réconfort de savoir que l’Amour existe et qu’il nous est acquis. La foi, c’est l’espoir d’une main tendue. « Quand le ciel entre quelque part, il donne une valeur à l’insignifiant. » (p. 158)
Le roman parle de lumière, de lenteur ou encore de montagnes. Il parle de l’humanité et de ses impondérables. « La douleur est une histoire qui ne se partage pas. » (p. 16) Il parle de la marche du temps, têtue et irrévocable. « L’abandon donne aux lieux qu’il surprend des allures de vieillard. » (p. 120) Le texte de Pierre Adrian restera longtemps dans mon esprit, comme une lumière réconfortante.































