
Roman graphique d’Emil Ferris.
Karen et son frère Deeze pleurent la mort de leur mère. Désormais seul·es dans l’appartement en sous-sol familial, la sœur et le frère se font un serment d’honnêteté : Karen ne veut plus vivre dans un nuage de secrets. Prématurément forcée à la maturité, elle tient tête à Deeze et poursuit ses diverses enquêtes. Quel est le drame qui a fait exploser sa famille et fuir son père ? Comment est vraiment morte Anka et que raconte-t-elle dans les cassettes dissimulées dans son appartement ? Les camps allemands n’étant qu’une des nombreuses horreurs de l’existence tourmentée de la courageuse voisine émigrée. « Je suis toujours là-bas… Il y a des endroits dont on s’échappe, mais que jamais on ne quitte. » Karen continue à noircir de dessins les pages de son carnet à spirales et à collecter maints indices et choses précieuses dans sa mallette. Mais voilà qu’entre rêves et hallucinations, présences d’anges et de fantômes, Karen s’approche d’un énième secret de famille, et celui-là pourrait lui coûter cher. « C’est la (monstrueuse) nature humaine de regarder quand c’est défendu. »
J’ai relu le livre premier avant d’ouvrir ce volume. Il m’a rappelé combien « un monde sans monstre serait quand même bien fadasse »(livre premier). J’ai retrouvé avec tendresse Karen Reyes, adolescente queer qui affirme peu à peu ses désirs dans un quartier populaire de Chicago, dans les années 1960. Je suis férocement impatiente d’avoir le troisième tome entre les mains, mais aussi le préquel où l’on devrait en apprendre un peu plus sur le doudou Blemmy. Le livre second, comme le premier, donne à voir des monstres imaginaires et des monstres très humains, chacun étant menaçant à sa manière. « Peut-être que la grande différence entre les deux sortes de monstres (À part que les méchants sont carrément pas cool), c’est que les gentils monstres savent qu’ils sont des monstres ! Alors que les méchants, eux, ne le savent pas. Et ne veulent pas le savoir. »
Emil Ferris réalise des merveilles avec ses stylos bille, offrant une iconographie qui va des magazines pulp aux chefs-d’œuvre des musées, tous étant des merveilles de beauté. Le dessin à la pointe d’encre me rappelle la gravure et les eaux-fortes des siècles passés. L’autrice-dessinatrice produit une œuvre inoubliable et, en un sens, solide. Certaines pages sont saturées d’encre et, dans d’autres, l’artiste joue avec la feuille lignée, laissant des vides immensément signifiants. Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est une œuvre riche et complexe qui croise des sujets de fond : féminisme, empouvoirement, liberté, identité, sexualité, etc. Cette histoire se tient dans les années 1960, mais elle parle tout autant de maintenant.