
Texte de Christian Bobin.
Le poète auteur, toujours tourné vers la lumière, porte nos yeux vers les outrenoirs lumineux de Pierre Soulages. « Ses peintures ont la luisance humide d’une peau retournée. Elles ne montrent rien. Elles disent. Ces stries noires sont des microsillons. La voix du peintre est prise dedans. » (p. 6) Le titre de l’ouvrage, avec sa virgule quelque peu incongrue, est une adresse à l’artiste le jour de son anniversaire, le parfait vocatif qui ouvre une lettre ou un dialogue. Bobin parle à Soulages et, ce faisant, nous fait entendre ce que nos âmes se cachent. « Mettez-vous devant un outrenoir : nous n’aurez jamais été autant regardé de votre vie. » (p. 8) D’aucuns prétendent que scruter l’abîme donne à ce dernier le pouvoir de vous scruter : les noirs de Soulages ont un pouvoir réfléchissant. Il nous renvoie nos propres images, comme un miroir ou une surface rebondissante. Mais nous ne sommes pas seul·es devant la beauté ténébreuse. « Impossible de s’éprouver abandonné devant un tableau de Pierre. On est, enfin, devant quelqu’un. Et ce quelqu’un, c’est nous. » (p. 14)
Pierre est mon prénom masculin préféré : je m’étais promis de le donner à mon premier fils, si j’en avais un. Après François d’Assise à qui il a rendu hommage dans Le Très-Bas, Christian Bobin convoque un autre membre de son Panthéon personnel. Le poète chante le peintre, et chacun est un chantre du dénuement : le premier par son écriture dépouillée qui va à l’essentiel sans manquer la beauté, et le second par ses noirs colorés et profonds. Une fois encore, je suis conquise par la plume si sensible de Bobin.
J’avoue beaucoup aimé les peintures de Soulages…
S’il pouvait arriver à me faire comprendre ce qu’on a pu trouver à Soulages… 😉😄