
Ouvrage de Jean-Christophe Piot.
Y a-t-il une période historique qui échappe à la récupération politicienne ? Heureux sont les dinosaures d’être placés en dehors de notre histoire humaine parce que j’imagine tout à fait un dictateur mégalo se revendiquer en T-Rex (grande gueule, mais petits bras ridicules, cela dit…). « Prendre l’histoire pour un paillasson rhétorique […] lui permet surtout de disqualifier ses adversaires, au mépris de la plus élémentaire honnêteté intellectuelle. » (p. 43) Chapitre après chapitre, Jean-Christophe Piot revient sur des propos de figures publiques françaises et étrangères, très souvent politiques, qui s’emparent de l’Histoire pour lui faire dire tout et surtout n’importe quoi, du moment que ça sert leur agenda et leur vision du monde et que ça nourrit le si controversé roman national. « Le roman national fait de l’histoire un catéchisme raide, un crédo qui ne tolère aucune critique. » (p. 9) Le livre remet les points sur les i chronologiquement : ainsi, on passe de l’obsession pour l’antiquité romaine aux racines gauloises du pays, de la France âgée de 2 000 ans à la royauté bafouée par l’odieuse République, etc., etc.
L’auteur reprend simplement, mais méthodiquement, chaque point, le replace dans son contexte en citant des sources solides. La méconnaissance et l’erreur d’interprétation, ça arrive, me direz-vous. Certes, mais ce que Jean-Christophe Piot démonte sans ménagement, c’est surtout la mauvaise foi et les détournements éhontés. « Factuellement, objectivement, historiquement, il raconte surtout n’importe quoi. » (p. 86) Pas question de prendre des pincettes avec celleux qui piétinent la vérité : l’Histoire est une science, n’en déplaise aux nostalgiques de tout poil qui voudraient la réécrire à leur sauce (souvent plus aigre que douce…). « Il ne s’agit évidemment pas d’empêcher les politiques de parler d’histoire ; il s’agit de leur rappeler qu’ils n’en ont ni la maîtrise ni le monopole. » (p. 14)
C’est toujours un plaisir de lire un ouvrage de l’ami Jean-Christophe. Déjà parce que c’est fichtrement bien écrit. « Pourquoi ne pas faire mieux ? Pourquoi faudrait-il se laisser mentir à bout portant ? » (p. 13) Ensuite parce que j’entends les mots imprimés : j’entends l’auteur les dire, avec ses inflexions souvent goguenardes et son air de sale gosse content de son bon mot. Évidemment, ce livre est du même tonneau que son podcast C’est plus compliqué que ça : un puits d’information précises, vérifiées et impertinentes. Le temps d’un fou rire, il est question de l’acné du Christ, parce que pourquoi pas… Jean-Christophe Piot a le sens de l’humour et le sens de la formule, mais aussi un talent certain pour les conclusions de chapitre et les périphrases. Quand il s’agit d’appeler un chat un chat (mais laissons les minous en dehors de tout ça), l’homme ne recule pas. En page 12, « l’ancien tortionnaire » est parfaitement approprié pour désigner le fondateur le plus tristement illustre du F-Haine.
Je retrouve dans ce texte la même exigence que dans Zemmour contre l’histoire, publié en 2022. Ces deux ouvrages sont indispensables pour ne pas gober les délires grandiloquents de celleux qui nous gouvernent ou qui le voudraient. Bravo à Jean-Christophe Piot pour ce livre qu’il faut garder à portée de main pour répondre à un parent comploplo ou à n’importe qui qui vous direz « Ah mais, l’extrême-droite, on n’a encore jamais essayé en France… » Si les arguments ne convainquent pas, au moins, vous pouvez assommer les fâcheux·ses avec l’objet.