
Essai de Klaire fait Grr.
Wilteforge, la sainte martyre, vous connaissez ? Elle a été retirée du calendrier romain des saints en 1969, mais son culte n’est pas perdu. Pour la reconnaître, cherchez une femme barbue, vêtue d’une longue robe d’où dépasse un pied nu et accompagné d’un violoniste. Ah oui, c’est très spécifique ! Pourquoi la barbe ? Pourquoi un adepte du crincrin ? Lisez le bouquin de Klaire et vous comprendrez.
Bon, Cendrillon, là, je pense que je ne perds personne. Mais vous êtes-vous déjà demandé si les cendres dont la demoiselle est couverte pourraient être bénéfiques ? « La saleté de Cendrillon, c’est […] une façon de s’extraire du monde, celui qui attend d’une jeune femme qu’elle se rende désirable. » (p. 19) Super pouvoir d’invisibilité dans un monde où le patriarcat ne visibilise que ce qui l’arrange chez les femmes : le four à bébé et à popote, le minois joli pour décorer et la discrétion parce que tais-toi, on cause entre hommes, là.
Et maintenant, Clémentine Delait, ça vous parle ? Cette femme à barbe a vécu sans complexe sa pilosité faciale, heureuse en mariage et douée en affaires. Ah, ça dérange un peu les canons de beauté, ça. Elle n’avait pas de pince à épiler, la dame ? Elle n’avait surtout aucune envie de se conformer aux attendus !
Itijjuaq, vous situez ? Non, pas à mes souhaits, mais je comprends que la dame vous est inconnue. Cette guérisseuse inuit, tenue en grand respect par sa communauté, était connue pour ses méthodes… disons, originales ! Allongez-vous et respirez, je vais vous péter au visage, ça ira mieux après. Promis, c’est comme ça qu’elle soignait. Sa légende raconte même qu’elle s’est vengée d’un triste sire avec cette même méthode. Radical, le gaz fécal !
Bref, ce que dit Klaire fait Grr dans son petit ouvrage et avec ces quatre portraits, c’est que briser les normes de genre occidentalocentrées, c’est bon pour la santé ! On peut être une femme et… Non, en fait, on peut être une femme, point. Il n’y a rien d’autre à justifier. Quels que soient nos choix, on est femme, et ta gueule, Jean-Kévin. On ne doit plus se laisser faire et il est plus que temps de piétiner les injonctions et de les interroger. Le ton est enlevé et rythmé, dynamique et drôle, et j’entends la voix de l’autrice en lisant ses mots. Enfin, la taille de ce petit bouquin à la couverture argentée (si, si, promis, la couverture est argentée, mais allez rendre ça en photo…) est géniale ! Il tient dans la main, ce qui est parfait pour le lire en tenant la barre du métro de l’autre ou pour charger la claque que l’on donnera au prochain importun qui voudrait nous mecspliquer le monde.