
Roman de Claire Mathot.
L’hiver encercle C… et rend ce village isolé encore plus solitaire et inaccessible. Et pourtant, un voyageur se présente juste avant la première neige. « Qui cela peut-il bien être ? / […] Est-ce important ? » (p. 8) L’homme a déjà vécu à C… et a quitté les lieux, des décennies plus tôt, laissant le souvenir d’un scandale et la douleur d’un cœur brisé. « Pourquoi es-tu revenu ? / […] Pourquoi es-tu resté ? » (p. 67) Le retour de cet étranger familier secoue la petite communauté, nourrit les animosités et réveille les rancœurs, notamment celle de l’Écrivain. Il n’y a que le Fossoyeur et la Jeune Serveuse qui trouvent dans cette présence un trésor, celui de l’Ancien Langage.
Dès les premiers mots, j’ai été happée par ce conte sombre et torturé. L’intrigue se déroule dans une époque que l’on comprend future, mais étrangement rétrograde. Les identités ont disparu, ne restent que l’Occupation dont chacun et chacune est chargé·e, avec le risque de la perdre à la proche Destitution. Bloqué par les glaces qui prennent le fleuve, le village devient prison, huis clos. Gare à ceux et celles qui voudraient s’en échapper ! « C… était une ronce […] dont les rejets ne cesseraient jamais de se multiplier, s’adaptant pour lier à eux chaque herbe folle. » (p. 132) Voilà une lecture fulgurante que je ne suis pas près d’oublier !