Des idées d’incendie

Roman d’Angélique Villeneuve.

Paulie est une jeune fille mutique, passionnée par ses ruches, une simple d’esprit pour tout le monde, un trésor pour son père. « Paulie leur parlait, à elles, ses mouches remplies de courage et de soif, elle leur livrait des pensées qui couvaient en elle au secret de tous, au secret de Paulie elle-même. » (p. 44) Hélas, attachée à un mauvais compagnon qui se révèle être un père cruel, elle mène une existence de douleur, toujours en silence. Pendant des jours funestes, l’homme détruit les trésors de Paulie. « Comme si c’était au creux de son propre ventre que cette main avait réussi à entrer. » (p. 68) Paulie essaie de s’affranchir de la menace, de se faire une vie sans cet homme. « Certaines choses restent toujours secrètes sans cesser de faire leur chemin dans les têtes. » (p. 133) Les années passent, voilà qu’elle a un autre trésor à chérir, sa petite-fille Louise, simple elle aussi, mais si riche dans son âme. Seulement, la noirceur ne s’efface jamais d’elle-même et quand elle s’abat de nouveau sur Paulie et les siens, il faudra l’abattre. Pour la femme coupable, coupable du pire, coupable d’être de peu de mots, ce sera l’asile loin des siens. « Elle pleure sous ses paupières closes, pleure infiniment sans sanglots, sans rictus. Elle se déverse. » (p. 178) Mais comme dans toutes les histoires de famille, ce sont les derniers secrets qui, une fois révélés, libèrent. Et chaque membre peut sauver l’autre en se sauvant lui-même.

J’ai tenté d’en dire le moins possible avec cette présentation parce que chaque ligne de ce roman mérite d’être découverte. La forme change parfois selon les chapitres et la personne dont on suit le point de vue. Il y a des pages de poésie bouleversante, des introspections qui retournent l’âme, des descriptions lentes et d’autres fulgurantes. J’ai pleuré devant les si grands sentiments de Paulie pour ses abeilles et pour ses petits, et devant ce qu’elle est capable de faire pour les protéger. J’ai pleuré devant le fils blessé qui s’empare de la parole, se l’approprie peu à peu, à mesure qu’il apprivoise les mots et les idées, qu’il les articule pour les construire en réflexions. J’ai pleuré devant les ellipses qui sont plus loin comblées. J’ai pleuré, tant pleuré. Est-ce que ça se fait, d’arracher ainsi le cœur de son lectorat ? Angélique Villeneuve ne s’en prive pas et elle le fait sublimement. La dernière partie, dans l’asile, m’a renvoyée aux Agitées de Camille Zabka, autre pépite de cette rentrée littéraire. Des idées d’incendie, au-delà de son titre si beau, me restera longtemps en mémoire.

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