La Signora Wilson

Roman de Patrice Salsa.

Le narrateur vient d’être nommé dans une ambassade à Rome. Aristocrate dandy et habitué au luxe, il mène une vie de faste et d’indolence. Dans le superbe palazzo où il loge, il est très régulièrement dérangé par des appels téléphoniques. Les interlocuteurs anonymes demandent toujours à parler à la Signora Wilson. Au gré de ses déambulations dans la cité éternelle, il en découvre les splendeurs architecturales et s’initie au libertinage latin. Violemment renversé par une voiture lors d’une de ses promenades, il se relève, et son quotidien rassurant fait place à un voyage onirique au cœur de son enfance, de ses peurs et des chefs d’œuvres antiques et classiques. Au terme de son périple, il comprendra qui est la Signora Wilson et quelle place elle tient dans son existence.

Gros problème avec Actes Sud, en ce qui me concerne. C’est une maison d’édition que j’adore, et dont chaque nouvelle publication trouve grâce à mes yeux. Donc, quand je reste en butte sur un des titres de cette maison, je ne peux m’empêcher d’être persuadée que c’est moi le problème, et pas le livre. Parce qu’Actes Sud ne publie que des très bons textes. Me voilà toute dépitée à la fin de la lecture de ce livre. Parce que je ne l’ai pas aimé.

Prendre le lecteur pour un couillon, tout de même, ça ne peut se faire qu’avec des pincettes! Réécrire les mythes antiques, ça demande aussi de ne pas utiliser une truelle! Un peu de finesse que diable! Passe encore que l’œuvre des Parques soit de détricoter un pull jacquard pour signifier au pauvre mortel qu’il est en bout de course, mais faire de Charon un chauffeur de taxi qui râle sur le pourboire, ça pousse un peu loin le pastiche.

L’auteur est mélomane, on le saura. Pas une page sans qu’un morceau de musique classique rythme la scène. Dans un film, ça serait super. La musique intradiégétique, ça a toujours plus de corps qu’un banal accompagnement musical. Mais sur le papier, ça ne donne pas grand-chose pour qui n’a pas l’intégrale de la musique classique à portée d’oreille… C’est très agaçant de ne pas connaître le morceau dont il est question quand on sait bien que ça nourrit l’intrigue. La synesthésie perd tout son sens. Je ne reproche pas le renvoi à d’autres œuvres, ni ne refuse l’intertextualité. Mais pour ce texte, la moitié, au moins, des références musicales est superfétatoire. Et la façon de les introduire est pompeuse, voire dédaigneuse. L’auteur veut en mettre plein la vue, et c’est très impoli. Non mais!

Il y a tout de même des passages superbement travaillés. Notamment la description des tenues de soirée féminines, dans le magasin de confection. La profusion d’étoffes, de camaïeux de couleur, de coupes et de modèles me rappelle le naturalisme de Flaubert, quand il décrit la pièce montée du mariage Bovary ou la casquette de Charles jusqu’à ce que l’abondance de détails annule la fonction première de la description. On sort de là tout étourdi, plein d’images.

Attendre la toute dernière ligne du livre pour en comprendre le sens, c’est tout de même dommage. Parce que si j’avais cédé à la paresse, le livre me serait resté totalement hermétique.

Dernier point: comme toujours chez Actes Sud, les premières de couverture sont sublimes!

Ce contenu a été publié dans Ma Réserve. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire