Grands Zhéros de l’Histoire de France

Essai de Clémentine Portier-Kaltenbach.

L’auteure présente avec humour une liste non exhaustive mais sévère de « nos grands nuls, nos piteux, nos médiocres » (p. 9) qui sont responsables des défaites et des fiascos de l’histoire de France. Elle tire des « oubliettes de l’histoire les nuls et les perdants de tous poils. » (p. 10) Voici la liste de ces zhéros.

  • Yves de Kerguelen qui n’a jamais posé le pied sur les îles qui portent son nom
  • Pierre-Charles-Silvestre de Villeneuve, « le négatif absolu de l’amiral Nelson » (p. 106)
  • Hugues Duroy de Chaumareys, « le naufrageur de la Méduse«  (p. 125). L’homme « se confond avec le désastre dont il fut responsable. Il a disparu, comme dissout, aspiré, par l’œuvre de Géricault. » (p. 125)
  • Soubise, grand zhéro de la guerre de Sept Ans et responsable de la défaite de Rossbach.
  • Emmanuel de Grouchy, maréchal d’Empire, « bouc émissaire de la défaite de Waterloo » (p. 117), tiré d’un oubli dont il se serait satisfait par le poème L’expiation de Victor Hugo.
  • François Achille Bazaine, réfugié à Metz, qui laissa la Prusse remporter la guerre en 1870.
  • Le général Georges Boulanger, « champion toutes catégories de l’occasion manquée » (p. 205) qui, après avoir ébranlé la troisième république, a laissé filer sa chance en s’enfuyant avec sa maîtresse.
  • L’abbé Desfontaine, critique littéraire très jaloux de Voltaire. Les deux hommes s’affrontent à coup de lettres, d’articles, de manifestes, de dénonciations et de calomnies.
  • Jean-Baptiste Suard, critique littéraire, homme de lettres et censeur de Louis XVI, acharné envers Beaumarchais dont il a censuré à plusieurs reprises La folle journée ou le mariage de Figaro.
  • Népomucène Lemercier, « ennemi irréductible du romantisme, il s’opposa par deux fois à l’élection de Victor Hugo à l’Académie Française. Un nain interdisant à un colosse l’accès au Panthéon de la littérature ! » (p. 254)
  • Léon Bonaparte, fils aîné et bâtard de l’illustre empereur, noceur dépensier, « quoi qu’il entreprenne, cela tourne mal! Et ses échecs sont d’autant plus accablants qu’ils sont, par la force des choses, mis en balance avec les succès fulgurants de son papa. » (p. 262)

Principal et unique reproche que je formule contre cet essai : l’abus de points d’exclamation ! Ils ont tendance à décrédibiliser le propos historique et donnent au texte l’accent d’un script de show télévisé. Ce point (d’exclamation) écarté, l’essai se lit très bien. Les faits historiques sont brièvement résumés, suffisamment pour saisir toute la grandeur des bêtises de nos zhéros français. Si parfois les sources semblent manquer et si les biographies semblent bien maigres, il ne faut pas l’imputer au travail de l’auteure. Elle signale très justement en introduction qu’il n’est pas aisé de trouver de la documentation et des écrits sur des hommes voués aux gémonies par un pays tout entier.

Tous les zhéros restent des hommes. Même s’ils sont marins d’eau douce, piètres militaires ou mesquins intellectuels, il est facile de les prendre en sympathie, ces pauvres bougres encombrés d’un talent trop grand pour eux ou aveuglés par une idiotie qui confine au grand art!

Si l’auteure s’y entend pour réhabiliter la mémoire de grands petits hommes, il y a des personnages historiques qui ne se sont pas gênés pour tirer à vue sur les grands idiots de leur époque. Clémenceau semble être un spécialiste en la matière. De Félix Faure, il a dit: « En entrant dans le néant .. il a dû se sentir chez lui ! » (p. 7) De Paul Deschanel, il a dit : « Il a un bel avenir derrière lui. » (p. 72) Et du général Boulanger, il a dit qu’ « il [était] mort comme il [avait] vécu … en sous-lieutenant. » (p. 206)

Un bon moment de lecture pour les amateurs d’histoire et d’ironie. À lire avec humour et second degré !

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire