Fanfan

Roman d’Alexandre Jardin.

Alexandre Crusoé a 20 ans. Son rêve est de préserver sa passion naissante pour la belle Fanfan, de ne pas la pervertir par l’habitude, le quotidien et l’acte charnel. « Depuis que je suis en âge d’aimer, je rêve de faire al cour à une femme sans jamais céder aux appels de mes sens. » (p. 15) Il imagine tous les stratagèmes pour différer le premier contact, le premier baiser. Mais Fanfan refuse cette passion stérile. Elle va tout faire pour susciter chez Alexandre une concupiscence sans borne, pour qu’il renonce à sa maxime, à sa cour éternelle, et qu’il ose enfin l’aimer entièrement.

Rien à dire, c’est du Alexandre Jardin pur et dur. Charmant, un peu fou et drôle, ce roman est tout de même bien trop léger. Je l’avais lu étant plus jeune et la romance m’avait passionnée. Relu maintenant, je trouve le texte niais et l’obsession du héros parfaitement agaçante.

Le seul petit plus, c’est le travail que l’auteur fait sur les ancêtres. Ce texte est fortement teinté d’autobiographie. Les prénoms sont les mêmes pour le fils, le père, le grand-père, etc. On retrouve toute la famille d’artistes d’Alexandre Jardin. Alexandre Crusoé s’invente toute une ascendance fabuleuse et littéraire en arguant que son ancêtre n’est autre que le plus célèbre naufragé de la littérature, Robinson Crusoé. Cette généalogie légendaire doit lui permettre d’échapper à une hérédité malsaine, dévergondée et inconstante qui galvaude l’amour.

Le personnage féminin est très travaillé. Fanfan est un paradigme de femme: libre, belle, romantique, passionnée, sauvage, etc. Elle se coule à la perfection dans tous les fantasmes masculins. Elle est telle que la rêve son amant. « Elle ressemblait à mes rêves mieux que toutes celles qui les avaient suscités. » (p. 27)

Alexandre Crusoé est un écrivain qui lutte contre lui-même et son goût d’écrire, qui pose la littérature en art suprême indigne d’être pratiqué par un être qui ne s’y consacre pas entièrement. C’est une autre expression de son goût d’absolu : il ne se conçoit que pleinement investi dans ses passions, sans demi-mesure et divertissement.

Le film éponyme, réalisé par l’auteur, avec Sophie Marceau et Vincent Perez, est sympathique et il rend hommage au livre. L’image et le texte sont complémentaires et offrent un divertissement léger.

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