True Grit

Roman de Charles Portis

« Les gens ne croient pas qu’une fille de quatorze ans puisse quitter sa maison pour aller venger la mort de son père en plein hiver. Cela ne semblait pas si étrange alors, mais j’admets que cela n’arrivait pas tous les jours. Je venais juste de fêter mon anniversaire lorsqu’un lâche du nom de Tom Chaney abattit mon père à Fort Smith en Arkansas. » (p. 7) Le saisonnier de la famille Ross s’enfuit avec l’argent de sa victime et disparaît en Territoire indien. Il ne se doute pas que la jeune Mattie Ross, aînée de la famille, va partir à ses trousses pour venger son père. Elle engage Rooster Cogburn, vétéran borgne de l’armée confédérée et connu pour son engagement dans la troupe de Quantrill. L’homme est un Marshall aux méthodes expéditives, à la gâchette facile et à la réputation de soulard, pourtant « chargé d’arrêter les criminels dans le Territoire indien. » (p. 41) À leur équipée se joint le fringant Texas Ranger LaBoeuf qui est sur les traces de Tom Chaney depuis des mois et qui court autant après le criminel qu’après les primes promises pour sa capture. Mais Mattie n’en démord pas : « Je veux qu’il soit puni pour le meurtre de mon père. Peu m’importe qu’il ait tué des chiens et des notables au Texas. »  (p. 91) Le trio s’engage en Territoire indien pour une chasse à l’homme rude et dangereuse. L’hiver est rude entre les montagnes d’Oklahoma. Et Tom Chaney s’est allié à la célèbre bande de Ned Pepper « le veinard ». De courses poursuites en tirs croisés et bivouacs à la belle étoile, la traque emmène les personnages dans l’Ouest, le vrai.

Mattie Ross est une jeune fille au caractère bien trempé, pas émotive pour deux sous, bref c’est une gamine avec du cran (true grit). À Fort Smith, seule, elle règle les affaires de son père avec un brin de cupidité. Elle sait mener des transactions avec des adultes en faisant montre d’une détermination inébranlable. Elle prend les décisions que sa douce et fragile maman ne sait pas assumer. À la mort de son père, elle devient le chef de famille, avec l’aide de maître Daggett, un avocat retors. Dure en affaires et pragmatique, elle propose les services de son avocat aux bandits qui croisent son chemin, certaine que la justice et un homme de loi sont capables de régler les vicissitudes humaines en attendant le Dernier Jugement.

Le passé de Rooster Cogburn est trouble, marqué par les massacres de la Guerre de Sécession qui s’est achevée quelques années plus tôt. Cogburn est l’archétype de l’homme qui danse sur la frontière qui sépare les honnêtes gens des hors-la-loi. Son insigne le place du côté de la loi mais ses méthodes sont douteuses. À tirer à tort et à travers sur tout ce qui bouge, il reste incontrôlable. Mais il est l’homme de la situation pour Mattie : « Je cherchais un homme avec du cran. Et il a la réputation d’en avoir. »  (p.85) Le Marshall rustre et un rien brutal témoigne une affection bougonne à la gamine qui lui a proposé avec cran et effronterie une mission périlleuse.

Entre Rooster Cogburn et LaBoeuf, la tension est palpable. Leurs méthodes, leur passé et leurs desseins ne se rejoignent que rarement. Les deux hommes, même s’ils maintiennent un semblant de civilité, ne dissimulent pas leurs sentiments respectifs  » – Vous ne vous souvenez pas de votre régiment ? – Je crois que c’était celui des balles perdues. J’y suis resté quatre ans. – Vous n’avez pas une haute opinion de moi, n’est-ce pas ? – Je n’en ai aucune quand vous la fermez. »  (p. 152) Mattie, quant à elle, s’est ouvertement rangée du côté du Marshall. « Faites-moi passer pour un crétin aux yeux de cette fille. – Je crois qu’elle vous a déjà percé à jour. »  (p. 153) Mais c’est uni que le trio arrivera au bout de l’aventure.

L’humour perle sans cesse au fil des pages. Le discours de Mattie, bien que rigide, voire comptable, est pétri de naïveté. Elle énonce avec le plus grand sérieux des préceptes religieux ou moraux sans en comprendre la portée. L’humour réside dans l’absence même de légèreté des propos de la gamine.

Le récit de cette chasse à l’homme est mené par Mattie Ross adulte. Les évènements tiennent en une dizaine de jours et constituent l’aventure de sa vie. Elle ponctue son discours de digressions moralisatrices voire hargneuses, de conseils au lecteur qui lit « ce récit authentique » (p. 218) et elle cite les Écritures en bonne presbytérienne revêche qu’elle est devenue. Sa parole est libre, sans complexe et terre-à-terre. Ce n’est pas une vieille fille qui romance une ancienne aventure mais une mémoire affûtée qui évoque ses souvenirs de l’Ouest tel qu’il était en 1870. À l’heure de son récit, l’Ouest sauvage se fige dans ses légendes et devient mythologique au travers des spectacles rodéos qui sillonnent le pays en exhibant une foire de héros d’un autre temps. Les Buffalos Bill et Calamity Jane des théâtres ambulants n’ont plus rien des desperados et des shérifs des plaines sauvages. Mattie Ross et ses acolytes évoquent les frères James et les frères Dalton, mais ce ne sont que les échos d’une époque révolue auquel le récit de Mattie rend hommage, comme une dernière épitaphe.

Le roman de Charles Portis est une réussite à placer entre les mains des amateurs de western, d’aventure et d’humour grinçant. Il me reste à voir l’adaptation d’Henry Hathaway avec John Wayne,Cent dollars pour un shérif, et bien entendu, la dernière production des frères Coen avec Jeff Bridges dans le rôle du Marshall borgne.

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