J.-K. Huysmans et le Satanisme, suivi de deux autres textes

J.-K. Huysmans et le Satanisme – Texte de Joanny Bricaud.

Quand il écrit ce texte, en 1913, Joanny Bricaud affirme que la pratique satanique n’est pas reléguée aux temps obscurs du Moyen-âge. Pour nous en convaincre, il reprend les écrits et les expériences de l’auteur Joris-Karl Huysmans, arguant qu’il était « un des mieux renseignés sur ces effroyables rites, aussi bien pour le passé que pour le présent. » (p. 10) De fait, qui mieux que l’auteur de Là-bas pouvait renseigner les générations présentes et à venir sur le satanisme de la société fin de siècle ? On découvre les personnes que Huysmans a fréquentées et dont il s’est inspiré pour créer ses personnages. Ainsi, l’abbé Boullan, « cerveau inquiet et assoiffé d’absolu » (p. 21) procède à des exorcismes « par la profanation de l’hostie et par l’ordure » (p. 27), le mystique d’Eugène Vintras offre son aide aux possédés, tandis que les occultistes et les satanistes sévissent sur les faibles esprits des religieuses et des femmes du grand monde.

Autant le grand génie de Huysmans fait du satanisme un sujet éminemment intéressant et fascinant, autant les convictions d’occulte mystique de Joanny Bricaud font de la question un ramassis de faits sans suite et du plus bel ennui. Toutefois, il est intéressant de découvrir Huysmans en proie à de vilains personnages auxquels le chanoine Docre n’a rien à envier.

Une séance de spiritisme chez J.-K. Huysmans– Gustave Boucher

Gustave Boucher était un ami de l’auteur. À ses côtés, il a participé à quelques séances de spiritisme dont l’une fit soi-disant apparaître le spectre du général Boulanger. Au terme de cette troublante expérience, Gustave Boucher se convertit définitivement au christianisme, suivant la voie ouverte par Huysmans : « Avec vous, je cheminerai dorénavant dans les jardins de l’Église, non pas en étranger, mais en compagnon eucharistique. Mais je ne veux pas donner au diable le mérite de ma conversion ; je veux l’attribuer tout entier à votre amitié et à vos prières fraternelles qui, je crois, m’en ont uniquement valu la grâce. » (p. 97)

Je doute que Gustave Boucher cherchait à faire rire en racontant le troublant épisode de l’apparition du spectre de Boulanger. Et pourtant, ce texte est aujourd’hui puissamment drôle ! Les émois que connaît cet homme et la rationalisation à laquelle il s’adonne ensuite convoquent l’humour au premier plan. Ce très court témoignage a des accents de conte philosophique et la conclusion est désopilante : Gustave Boucher ne peut nier avoir assisté à un phénomène étrange, mais plutôt que de l’attribuer au diable ou à une quelconque magie, il le balaie et se tourne vers les rassurantes sirènes du christianisme bonhomme.

Le Satanisme et la Magie –  J.-K. Huysmans

« Rien n’est plus malaisé que de tracer une ligne de démarcation entre les attaques variées de la grande névrose et les états du Satanisme. » (p. 101) Aguerri par les recherches et l’écriture de Là-bas, Huysmans s’emploie à démontrer que le Satanisme est plus que jamais présent dans la société fin de siècle. Il réfléchit sur les vols d’hosties consacrées, sur les pratiques d’incubat et de succubat et sur les autres manifestations de cette religion « à rebours du catholicisme ». À la fois carnet de notes et essai philosophique, ce texte se veut également un viatique et un talisman : « Je souhaite que la lecture de ce volume préserve les coquins ou les dupes qui rêveraient de pénétrer dans l’au-delà du Mal. » (p. 133) Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on. Ici, il apparaît clairement que c’est le Huysmans converti qui s’adresse aux foules faibles et crédules.

Cet opuscule est édité chez À Rebours, maison d’édition lyonnaise dont le catalogue à lui-seul est un bijou : en une trentaine de pages, on découvre un Enfer littéraire qui fait saliver d’envie ! Pas dit que je résiste à la tentation d’acheter tout le catalogue… La gourmandise, un péché ? Allons donc !

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