La maladie et la foi au Moyen Âge

Essai historique de Lydia Bonnaventure.

À travers l’étude des Miracles de Nostre Dame du moine Gautier de Coinci (1178 – 1236), l’auteure dresse un panorama des liens entre maladie et foi à l’époque médiévale. « Parmi les miracles publiés en cette époque où sévissaient les épidémies, bon nombre mettent en scène la maladie. Elle est l’instrument de châtiment et de rédemption dont se sert Notre Dame afin de punir ou pardonner le pécheur. » (p. 12) L’ère médiévale a été ravagée par des épidémies telles que la lèpre, la peste ou encore le mal des ardents. Pour expliquer ces fléaux, le recours à la religion était aisé : la maladie était d’origine divine et représentait soit un châtiment pour les pécheurs, soit une épreuve de foi pour les croyants. « Devant les mortalités dont on ignorait les causes, les hommes du Moyen Age virent dans la maladie l’expression du courroux céleste. De simple phénomène naturel, elle devint le signe de la présence divine. » (p. 78) En ce sens, le miracle prend tout son sens : si Dieu envoie la maladie, Dieu seul peut l’ôter et il ne le fait qu’avec éclat au travers de miracles tel que rendre la vue à un vieil homme ou restaurer la beauté d’un visage dévoré par la lèpre.

Dans le culte marial auquel il se voue, Gautier de Coinci insiste sur l’utilité de la foi dans le combat contre la maladie. Son propos est une longue diatribe envers les impies et les hérétiques qui seront frappés à mort par la maladie. C’est aussi un hymne au croyant et à l’être pur qui sera toujours sauvée par la sainte mère du Christ qui intercède auprès de Dieu et de son fils pour obtenir la guérison et la rédemption des justes. Très didactique dans ses propos et maniant l’exemple au travers de descriptions très précises, Gautier de Coinci voulait marquer les esprits sans demi mesure. « La maladie et ses symptômes, certes exagérés, ne sont qu’une mise en œuvre de cette forme d’endoctrinement que Gautier poursuit à travers ses textes. » (p. 64)

« La maladie joue aussi un double rôle, mettant en relief le péché […] mais aussi la dévotion. » (p. 34) La maladie se présentait également comme la réparation de l’offense faite au Seigneur, à ses saints ou à Marie. Seule la contrition et la pénitence pouvaient alors conjurer la souffrance et la guérison représente la récompense ou le triomphe au terme du combat contre le Mal. « La prière est un des trois éléments fondamentaux de l’action thaumaturgique, les deux autres étant la confession et les pratiques pénitentielles. » (p. 31) Finalement, ce qu’il s’agit d’obtenir, outre la guérison du corps, c’est la guérison de l’âme et sa survie dans une éternité de grâce. « La maladie est le reflet du péché pour lequel il convient de se faire pardonner afin de guérir au plus vite. La pénitence devient la voie ouvrant à une vie spirituelle éternelle. » (p. 50)

L’essai de Lydia Bonnaventure est aussi intéressant qu’il est facile d’accès. La richesse des informations n’est jamais indigeste et la compréhension du sujet est encore facilitée par une mise en page claire et des notes explicatives fort à propos. L’ouvrage reproduit des citations du texte original en langue médiévale et met en regard la traduction en français moderne. Pour l’ancienne passionnée d’ancien français que je suis, ce fut un plaisir de naviguer entre les deux versions et de retrouver toute une grammaire un peu oubliée. Entre analyse littéraire et analyse historique, cet essai illustré de copies des manuscrits originaux est tout à fait passionnant. Et certains aspects du texte de Gautier de Coinci m’ont rappelé la folle passion de Sainte Lydwine de Schiedam, si fabuleusement écrite par Joris-Karl Huysmans.

Vous retrouverez l’auteure sur son site et sur son blog et prochainement dans une interview ici-même !

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire