Délicieuses pourritures

Roman de Joyce Carol Oates

Gillian se remémore ses années étudiantes, au sein du Catamount College. « Ceci n’est pas une confession. Comme vous le verrez, je n’ai rien à confesser. » (p. 8) Est-elle innocente ou sans remords ? Que faut-il penser de la vague d’incendies criminels qui éclatent un peu partout à Catamount ?

En 1975, Gillian a presque vingt ans et elle est furieusement éprise de son professeur, Andre Harrow. Mais « lorsqu’on aime un homme marié, on existe dans une relation non déclarée, secrète et singulière, avec son épouse. » (p. 13) Dorcas, la femme d’Andre, est une sculptrice au talent certain mais aux productions controversées. Le couple est superbe et fait l’objet de toutes les envies. Gillian et ses jeunes camarades espèrent toutes attirer son attention et partager son intimité. Prêtes à tout pour s’illustrer, les jeunes filles dévoilent leurs journaux intimes. « La tenue de notre journal se mit à nous obséder. » (p. 67) Ce qui n’était au début qu’un exercice universitaire devient une scène terrible où chacune exhibe ses blessures, quitte à en créer de nouvelles pour nourrir la curiosité vorace d’un professeur au comportement trouble.

Si Gillian doute d’obtenir la faveur de son professeur, elle nourrit à l’envi des fantasmes plus ou moins chastes. « Je rêverais de l’homme au visage lumineux et bon, dont la caresse, quoique légère, quoique nullement sensuelle ni avide, me pénétrerait de joie. » (p. 43) Mais quand le fantasme s’incarne enfin, l’euphorie devient perverse et vénéneuse. Désir ou amour, la relation qui se noue entre Gillian, Andre et Dorcas n’est pas de celles qui s’achèvent en happy end.

Il s’en passe de belles dans cette université pour filles ! Joyce Carol Oates nous montre un microcosme étouffant et écœurant et écrit avec brio la violation d’intimité et le dévoilement forcé. Bien que très court, ce roman n’est pas simple à lire : les mots prennent à la gorge et l’histoire met mal à l’aise. Poussant à l’extrême certaines légendes des collèges de jeunes filles, l’auteure nous fait pousser la porte d’un monde où la vilenie et la perversion sont proposées comme moteur de la création. À manipuler avec précaution !

De la même auteure, je ne peux que vous conseiller l’imposant et superbe Mon cœur mis à nu.

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