La boîte en os

Roman d’Antoinette Peské.

Norbert, le narrateur, retrouve par hasard son vieil ami John Mac Corjeac. L’Écossais lui raconte l’étrange récit de son existence. John était un jeune artiste exalté. Son amour pour Margaret O’Don est exclusif et dévorant, voire dangereux pour l’objet de sa passion. « Je souffrais de ce que je ne me sentais jamais assez près de ma femme. J’avais beau la tenir dans mes bras, la serrer sur ma poitrine à l’écraser, son corps était toujours un corps à côté de mon corps, son cerveau, un cerveau à côté de mon cerveau, son cœur, un cœur à côté de mon cœur. Et cela ne laissait pas de m’étonner. Ne pas pouvoir être avec ce qu’on aime ! » (p. 90) Après avoir commis un acte odieux, John perd la raison. Des années plus tard, sorti de l’institution où il était interné, il n’a de cesse de poursuivre l’objet de son amour.

Norbert souhaite tout d’abord sauver son ami. Le jeune Écossais est plein d’aspirations nobles et de considérations sublimes. « Amitié, amour, pour celui qui donne tout et qui entend tout recevoir en échange, la différence n’est pas telle. L’amitié est alors l’amour à l’état de sainteté. » (p. 73) Mais John Mac Corjeac est un personnage inquiétant dont le désir de fusionner avec ce qu’il aime est parfaitement macabre. « Y a-t-il moyen plus sûr de posséder ce qu’on aime que se l’assimiler : l’approprier à sa substance ? » (p. 27) Le mythe platonicien de l’androgyne est décliné de façon lugubre, voire gothique, entre cimetière et sombres bâtisses. Les Highlands se prêtent merveilleusement aux fantasmagories angoissantes qui naissent de la folie de John et des observations de Norbert. « L’Écosse du Nord est, je crois, par excellence le lieu du rêve, de la contemplation intérieure et de l’amour. Est-ce pour cette raison qu’elle est aussi le lieu du diable ? » (p. 21)

Ce roman du 20e siècle rappelle les chefs-d’œuvre gothiques du 19° siècle, comme ceux d’Ann Radcliffe, mais également les romans de Wilkie Collins, pleins de sombres mystères et de fatalité macabre. « J’ai vu le diable là-bas, et il m’a séduit. » (p. 21) Entre horreur et surnaturel, La boîte en os est un roman étonnant et très réussi, parfait pour se frémir dans la pénombre.

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