Tendre Violette

Roman graphique de Jean-Claude Servais (scénario) et Gérard Dewamme (dessins).

Violette est une sauvageonne qui se cache au fond des bois. Elle vit de ce qu’elle cueille et revend au village. Elle gagne juste assez pour acheter du vin et parfois un petit caprice. La jeune femme est libre, sensuelle, gourmande, un peu sorcière. Sous sa folle tignasse blonde, elle a la descente facile, la cuisse légère, la langue bien pendue, mais elle n’est pas méchante. Elle aime vite, elle aime fort, elle aime beaucoup. Elle aime surtout le plaisir et refuse la contrainte. Elle ne se laissera pas enfermer. Il y a bien le baron Julien des Croisettes qui voudrait l’épouser, mais Violette ne supporte pas l’étroitesse des maisons et des esprits bourgeois. « Les oiseaux de la forêt chantent peut-être mieux que les oiseaux du château. » (p. 18)

Forcément, une nature aussi rebelle suscite les ragots et les médisances. « Curieux ! Dans ce pays perdu, il ne se passe jamais rien ! Mais au moindre évènement, il faut que cette chère Violette y soit mêlée ! » (p. 190) Les femmes sont jalouses, les hommes sont fous de désir, mais Violette s’échappe sans cesse. « Un joli coquillage, mais l’intérieur semble pourri. […] Une paysanne ! Elle vit d’herbes sauvages comme une chèvre ! » (p. 49) Violette n’est fidèle qu’à sa liberté et à son chat sauvage, Percevent. Tant qu’elle peut courir pieds nus dans les bois et les champs, et tant qu’elle a une bouteille de vin dans sa besace, elle n’en demande pas beaucoup plus.

Ce roman graphique offre un charmant portrait de femme. Violette est un personnage complexe, pétri d’égoïsme salvateur et de générosité hors norme. J’ai trouvé la fin un peu abrupte, de même que la disparition de son bébé au bout de quelques pages. Toutefois, c’est une œuvre très réussie d’un point de vue graphique : les corps sont très travaillés, entre sensualité et liberté. Le noir et blanc concentre le regard sur le trait et évite une dispersion. La ligne va à l’essentiel, mais elle n’oublie aucun détail. Si la peinture et la critique d’un microcosme campagnard vous intéressent, n’hésitez pas !

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