La bête humaine

Roman d’Émile Zola.

Roubaud est sous-chef de gare au Havre. Marié avec la jolie Séverine, il éclate de rage jalouse quand il apprend qu’elle a eu un amant dans sa jeunesse. Certain de ne plus pouvoir vivre tant que cet autre homme vivra également, il est résolu à le tuer. Le crime est commis de nuit, dans un train reliant Paris au Havre. Dès lors, le couple craint d’être découvert, ce qui participe à la désunion des époux. Séverine trouve réconfort dans les bras de Jacques Lantier, mécanicien qui conduit la Lison, une belle locomotive qui assure la liaison Paris-Le Havre plusieurs fois par semaine

Jacques souffre en secret du secret désir de tuer une femme et de sentir le sang couler. « Il en venait à penser qu’il payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d’ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois. » (p. 64) Dans les bras de Séverine, Jacques semble voir s’apaiser cette fureur de sang et de meurtre. « Posséder, tuer, cela s’équivalait-il, dans le fond sombre de la bête humaine ? » (p. 208) Rien n’est moins sûr et une envie sourde continue de gronder, au loin, dans les désirs brutaux de ce grand mécanicien.

Puisque le bonheur ne semble être que dans l’élimination du gêneur, ce mari désormais haï, les amants criminels ont des raisonnements froids pour justifier leurs sombres desseins. « Pourquoi l’épargner ? Aucune circonstance, absolument aucune, ne plaidait en sa faveur. Tout le condamnait puisque, en réponse à chaque question, l’intérêt des autres était qu’il mourût. Hésiter serait imbécile et lâche. » (p. 310) Voilà qui fait froid dans le dos, n’est-ce pas ?

Dans ce volume des Rougon-Macquart, Émile Zola présente des personnages qui rêvent de flots de sang, de massacre et de crime. Et la machine ferroviaire est au cœur de ces éclatements de rage, à la fois scène de crime et objet de mort. À la fin du roman, la mécanique lancée à pleine vapeur annonce le massacre à venir de la guerre.

J’ai apprécié cette lecture, mais je pense que j’en attendais trop. On m’a tellement présenté ce volume comme le plus brutal et le violent de la saga des Rougon-Macquart que j’ai finalement été un peu déçue. Jacques Lantier est fou, sans aucun doute, torturé de désirs issus de son sang vicié, digne rejeton de Gervaise et de tous ses ancêtres alcooliques. Il est une bête humaine, le doute n’est pas permis non plus, mais je ne l’ai pas trouvé plus fou qu’Aristide Saccard, enfiévré de spéculation dans La curée, ni plus exalté que son frère Claude, le peintre désespéré de L’œuvre. Ce volume est très bien écrit, très puissant et il me tarde de découvrir le film avec Jean Gabin.

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