
Récit d’Ivan Butel.
En 2000, Cha, nageur espagnol, remporte 5 médailles d’or aux Jeux paralympiques de Sydney. Son handicap, c’est une séquelle irrémédiable de son passage en prison : membre d’un groupe antifranquiste, Cha avait été condamné à 84 ans de prison pour avoir assassiné un homme. Derrière les barreaux, il a entamé une grève de la faim qui lui a coûté ses jambes. Libéré sous caution, Cha s’est mis à nager, encore et encore. Désormais, il se hisse sur les podiums, mais ses succès olympiques sont sans cesse revus à l’aune des fautes de son militantisme passé. « L’histoire de Cha raconte, à sa façon, la défaite du terrorisme d’extrême gauche et de la violence révolutionnaire. » (p. 52) Les exploits sportifs rachètent-ils le crime ? Le handicap est-il une amnistie ? Ce qui se joue, au-delà du destin du nageur, c’est un pays qui peine à panser les plaies de la dictature et de la guerre civile. Il faut d’une part lutter contre les non-dits et le tabou social d’avoir été de tel ou tel camp, et d’autre part écouter la douleur des victimes et de leurs proches, qu’iels aient été franquistes ou d’extrême gauche.
Ivan Butel a suivi l’athlète pendant des années, au gré des Jeux olympiques et en dehors. « Je suis l’archiviste de cette histoire. » (p. 14) En découvrant l’histoire de Cha, il revisite celle de sa propre famille et des années de plombs en Italie, autre pays d’Europe marqué par de profondes souffrances sociales. Cha ne se cache pas, il ne tait pas son passé ni son crime, mais il ne les revendique pas. C’est face aux autres qu’il est parfois difficile de garder la tête haute : la peine est purgée, mais la marque d’infamie ne s’efface pas. Ce que raconte Ivan Butel, c’est aussi le pardon : celui que le système judiciaire accorde, celui que la société tarde à donner et celui que l’on doit se permettre pour continuer d’avancer. « Les gens d’ici ont su, et savent encore, regarder ma vie comme une trajectoire. Ils ne s’arrêtent pas sur telle ou telle étape, ils la regardent de façon dynamique. » (p. 120) Ce très beau récit m’a rappelé Ne t’arrête pas de courir, de Mathieu Palain, autre histoire de réprouvé.
Livre lu dans le cadre du Prix Sport Scriptum 2025.