
Texte de Christine Pawlowska.
Christine est une adolescente exaltée, farouchement lyrique et opposée à l’idée même de s’assagir pour entrer dans le moule adulte qui semble attendre tous·tes ses congénères. « J’étais animée par le sentiment du sacrilège, sentant confusément que seul ce qui est sacré mérite qu’on le bafoue. » (p. 32) Elle déteste autant qu’elle aime sa mère et elle adore Melly, son amie plus que sœur. Christine refuse la tiédeur et la facilité : tout doit être grandiose, sublime ou terrible. « Rien ne me suffit et il faut que je déborde jusque dans d’autres dimensions. » (p. 47) Elle abhorre son corps qui se féminise et qui, dans le sang, s’animalise, perdant la transparence pure de l’enfance. Incapable, hélas, de figer le temps dans sa perfection insouciante, Christine est dégoûtée de tout, tendue à faire éclater ses nerfs et sa tête. « Je ne suis pas versatile. Je vis de tous côtés, mal peut-être, mais en toute sincérité. » (p. 33) Le mot n’est jamais dit, mais la dépression la submerge : dans son hypersensibilité, l’adolescente n’aime que la nuit et la pluie, elle refuse de vivre le jour et fuit la lumière, elle se lance à corps perdu dans l’étude, voulant souler son cerveau de savoir pour faire taire les hurlements de désespoir.
L’écarlate, c’est cette couleur, cette lumière brûlante qui éclate derrière des paupières serrées fort sur le rêve ou la colère. Je comprends pourquoi le texte a eu un tel succès à sa sortie et je m’étonne qu’il soit si longtemps tombé dans l’oubli. Christine Pawlowska a crié son intimité, elle a saigné ses douleurs sur des pages trop propres et son incantation retentit toujours follement. J’ai lu ce texte d’une traite, souffle suspendu, me reconnaissant dans certaines des frénésies de cette toute jeune femme qui résistait de tout son être à la médiocrité et au conformisme. « Je lisais beaucoup trop et n’étais pas raisonnable. Mais combien j’étais riche ! » (p. 36) Combien ai-je lu, étant jeune, me persuadant que cela élevait mon âme maigre vers de plus hautes sphères… Je vais beaucoup prêter ce livre, je sais qu’il va résonner dans de nombreux cœurs amis.