La petite Chartreuse

Roman de Pierre Péju. Prix du Livre Inter en 2003.

Par un soir de pluie, une petite fille affolée s’élance sous les roues de la camionnette d’Étienne Vollard. L’existence de ce libraire taciturne vole en éclats après cet accident. Au chevet de l’enfant inconsciente, il récite des bribes de récits et des textes entiers que sa prodigieuse mémoire a retenu au cours des lectures de toute une vie. Vollard croise la mère de la petite, Thérèse, dont le désir de fuir est plus fort que l’instinct maternel. Père de substitution, Étienne Vollard rend visite à l’enfant, lui fait découvrir les merveilles de la nature de la Chartreuse iséroise. Mais l’enfant s’étiole. Prisonnière d’un monde de silence, elle s’affaiblit et perd tout contact avec la réalité.

Bouleversant récit mené par un narrateur qui en sait plus long sur le héros qu’il ne le dévoile au début. Ma première lecture de ce texte, faite il y a des années, m’avait laissé une impression mitigée. Mais après cette seconde lecture, je suis touchée par la plume de l’auteur, plume qui se fait discrète devant les trop grandes douleurs, qui ne dit que le nécessaire et laisse dans l’ombre les noirceurs de l’âme humaine. Je n’ai aucune envie de voir le film qui a été tiré de ce texte, j’ai bien trop peur d’être déçue.

Voici un extrait de ce texte : « Volalrd n’avait jamais considéré la littérature comme un apaisement, ni la lecture comme une consolation. Lire follement, comme il avait toujours lu, consistait plutôt à découvrir la blessure d’un autre. Lire consistait à découvrir cette blessure, à la parcourir. Derrière les phrases, même les plus belles, les mieux maîtrisées, toujours entendre des cris. De la librairie à l’hôpital, de l’hôpital à la librairie, c’était glisser d’une blessure à l’autre! D’un côté, le murmure ou la plainte des des livres disposés sur leurs rayons. De l’autre, les gémissements de ceux qui étaient passés en une fraction de seconde de l’insouciance valide à l’amputation. » p.132

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