Deux sœurs pour Léonard

Roman de Karen Essex.

Isabelle et Béatrice sont les héritières du royaume d’Este. Leurs mariages sont la garantie de la paix entre les grandes maisons d’Italie et renforcent tout un réseau d’alliances entre les puissants d’Europe. La belle Isabelle épouse Francesco, prince de Mantoue, qu’elle aime tendrement depuis leurs fiançailles. À la jeune et timide Béatrice revient d’épouser Ludovic Sforza, régent pour le prince de Milan. Ludovic est un homme dévoré d’ambition qui entend bien ne jamais rendre le trône à son neveu Gian Galleazo. Celui qu’on surnomme Le More est un maître de guerre et un fin stratège manipulateur, mais il est aussi un érudit, un esthète amateur de jolies femmes et d’œuvres inestimables. Le fleuron de sa cour est Léonard de Vinci. Entré à son service en tant qu’ingénieur militaire, le Maître a su imposer tous ses talents. Les femmes qu’il représente sur ses toiles sont immortalisées et sublimées. Et c’est bien ce que veut Isabelle, la belle-sœur de Ludovic. Profondément impressionnée par la virile prestance de son beau-frère et par le faste qu’il déploie pour faire de Milan une cité italienne de premier ordre, Isabelle veut être de ces femmes dont il collectionne les portraits. Et qui mieux que Léonard de Vinci pourrait rendre hommage à sa superbe beauté? Entre les deux sœurs de la maison d’Este, tout est sujet à rivalité: le mariage, les enfants, la possession d’œuvres d’art, l’ascendant sur Ludovic, le lien avec le Maître.

Enfin un bon roman historique! Suffisamment de romance pour ne pas avoir l’impression d’assister à un cours magistral, et suffisamment de contenu documenté pour ne pas lire une stupide romance assaisonnée de quelques détails historiques. La facture du texte est élégante: elle présente des ellipses maîtrisées et des analepses intelligentes. La narration s’agrémente fort à propos d’écrits du Maître: des courriers, des études anatomiques et médicales, des analyses physionomiques, des carnets de commande, etc. Tout un paratexte scientifique et détaillé qui fournit sans qu’on s’en rende compte un grand nombre d’informations pertinentes et intéressantes sur la vie et l’œuvre de Léonard de Vinci.

Bon roman historique parce qu’il nous en apprend sur l’histoire de l’Italie avant l’Italie. Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans les conflits qui opposèrent les états italiens indépendants. Naples, Venise, Mantoue, Milan, Florence, Sienne, Pise et tant d’autres noms, qui sont pour nous aujourd’hui des villes, ont d’abord été des royaumes indépendants aux histoires mouvementées, dans lesquelles se sont illustrés des personnages éclatants. Je suis sortie de ma lecture en ayant un peu dissipé le brouillard qui entourait l’histoire italienne.

Un des autres atouts de ce livre tient dans les descriptions. Avec les tenues flamboyantes des héroïnes qui rivalisent de folies pour surpasser toute la cour en beauté et les toiles du Maître, minutieusement décrites, le texte est très visuel et donne envie d’aller se promener au Louvre et autres musées pour découvrir les merveilles de ce temps-là.

En conclusion, c’était une bonne lecture, divertissante et plaisante pour occuper un jour férié. Je la conseille sans aucun doute pour les lecteurs qui voyagent.

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