Les belles choses que portent le ciel

Premier roman de Dinaw Mengestu.

Stéphanos l’Éthiopien, Kenneth le Kenyan et Joseph le Congolais sont trois amis que l’histoire sanglante de l’Afrique a contraint à trouver refuge en Amérique, terre de promesses et de fumée. Stéphanos possède une petite épicerie dans un quartier délabré de Washington, sur Logan Circle, une grande place où trône la statue du général Logan. Les trois hommes se retrouvent régulièrement dans l’arrière boutique de Stéphanos. Ils s’adonnent à leur jeu favori, répertorier les dictateurs et les coups d’état qui ont secoué et secouent l’Afrique. L’existence de Stéphanos change quand Judith, une riche blanche, achète une des maisons en ruine qui bordent Logan Circle et la fait entièrement rénover pour s’y installer avec sa fille Naomi, une adorable fillette métisse. Entre les trois voisins se nouent une douce relation faite de timidité, de gêne et de fossés à franchir.

Très beau texte sur l’impossibilité de s’intégrer totalement à une société. Et les exclus ne sont pas vraiment ceux que l’on croit. Si Stéphanos et ses amis sont plus que déçus par les promesses vaines de la grande Amérique, c’est Judith qui est la plus perdue. Entre un ex-compagnon noir et une fillette qui la repousse et la teste, dans un quartier qui n’a d’américain que la statue qui trône en sa place, la femme blanche est celle qui a le moins de racines.

Stéphanos résume en quelques mots son intérêt pour Logan Circle et en tire des conclusions sur l’histoire de l’Amérique: « J’aimais cette place à cause de ce qu’elle était devenue: la preuve que la richesse et le pouvoir n’étaient pas immuables, et que l’Amérique n’était pas aussi grandiose que cela, après tout. » (p. 25)

Avec l’Afrique toujours présente, représentée sur une carte des années 1980 ou revisitée en mémoire par les trois hommes, le récit devient un conte de l’errance, de la perte de la terre originelle, de son manque, mais aussi du dégoût qu’elle provoque et du mépris qu’elle suscite. C’est une terre qui tue ses enfants, qui les force aux pires exactions, qui les pousse à s’enfuir. Loin des yeux, près du cœur, mais tout de même dans la haine.

Troublante ressemblance entre le nom de l’auteur américain, dont le personnage est éthiopien, et celui du dictateur éthiopien Mengistu Haile Mariam. Comme un petit clin d’œil et un rappel : entre le génie et le monstre, il n’y a qu’un pas.

Avec de belles références à l’Enfer de Dante, à qui le roman doit son titre, et aux Frères Karamazov de Dostoïevski, le texte est riche d’une profondeur littéraire et historique tout à fait agréable à découvrir au fil des pages.

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