Soie

Roman d’Alessandro Baricco.

« On était en 1861. Flaubert écrivait Salammbô, l’éclairage électrique n’était encore qu’une hypothèse et Abraham Lincoln, de l’autre côté, de l’Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin. » (p. 7) Hervé Joncour, à Lavilledieu, travaille pour les sériciculteurs de la ville. La pébrine a ravagé les élevages de vers à soie de la région. Hervé Joncour embarque pour le Japon, « une île faite d’îles » (p. 19), pour acquérir à prix d’or des œufs sains. Dans ce pays à la frontière du monde connu, Hervé rencontre Hara Kei, le chef respecté d’une communauté perdue. Aux côtés d’Hara Kei se tient une jeune femme mystérieuse et silencieuse qui prend possession de l’âme d’Hervé Joncour. Mais Hara Kei, « l’homme le plus imprenable du Japon, maître de tout ce que le monde réussissait à faire sortir de l’île » (p. 28), veille avec une férocité inébranlable sur ses possessions. Hervé Joncour, entre deux voyages vers les îles nippones, ne trouve plus auprès de sa douce épouse Hélène la quiétude des charmes tendres du mariage.

Loin d’être un traité sur la sériciculture, ce roman aux chapitres fugaces a des accents de conte philosophique. Hervé Joncour assiste aux évènements de sa vie sans y prendre part. Perdu dans l’inutile contemplation des fluctuations de son âme, il laisse s’échapper ses chances de maîtriser sa vie. Hervé Joncour est un romantique qui s’ignore.

Les chapitres qui tiennent en une page, parfois deux, se suivent au gré des hiatus qui amputent élégamment le texte des détails superflus. Le tout a la régularité lancinante de la mélodie saccadée des roues d’un train sur les rails. Les allers et retours d’Hervé sont répétés au mot près, parce qu’il n’y a qu’une route pour aller au Japon avant la création du Canal de Suez.

Les figures de femmes sont délicates, à peine esquissées. Hélène parle peu, ne se plaint guère mais l’auteur a su exprimer sa peine. L’inconnue du Japon parle encore moins, elle écrit, mais dans cette langue d’idéogrammes imperméable aux Européens. Ces deux femmes sont davantage des jeunes filles, en-deçà de leur féminité. Madame Blanche, maquerelle de Nice aux origines nippones, est la seule à être pleinement femme. Interprète et traductrice des écrits de la jeune inconnue, elle prend aussi la parole au nom d’Hélène.

Le texte est beau, très poétique, exquisément raffiné. Je le recommande sans aucun doute aux amateurs  de fresques délicates. En une centaine de pages, on voit la vie d’un village de France, l’ouverture du Japon au commerce international après des siècles d’autarcie farouche et l’existence d’un homme.

Il me faut trouver le film éponyme, réalisé par François Girard en 2007. Je suis curieuse de voir comment est incarné le personnage d’Hervé Joncour.

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