Le compas de Noé

Roman d’Anne Tyler, à paraître en mai 2010.

Licencié à 61 ans, un an avant sa retraite, Liam Pennywell décide de redonner du sens à sa vie en la simplifiant. « Il y avait bien longtemps que sa vie avait cessé de ressembler à quelque chose. » (p. 7) Il emménage dans un appartement plus petit, se sépare de vieilleries et décide d’envisager l’avenir plus sereinement. Le lendemain de son emménagement, il se réveille à l’hôpital sans aucun souvenir de la nuit précédente. De l’agression qu’il a subie, il ne garde qu’une plaie à la tempe gauche et une morsure à la main. Obsédé par son amnésie passagère, il questionne à tout va, mais se heurte à l’indifférence à peine dissimulée de ses trois filles, du corps médical et de la police. Dans le cabinet d’un neurologue, il rencontre Ishmael Cope, un homme d’affaire sujet à des troubles de la mémoire. Le magnat est accompagné d’Eunice. Boulotte, mal fagotée et un peu empotée, Eunice séduit Liam. Elle est peut-être sa dernière chance de bonheur.

Quelle lecture ! J’ai reçu ce livre hier et je l’ai dévoré dans la journée ! Le texte n’est pas un roman policier dans lequel la victime mène l’enquête. Ce n’est pas non plus un traité sur la résilience. C’est un touchant questionnement sur la vie d’un homme de soixante ans et les perspectives de bonheur et d’avenir qui lui restent. Le bilan est bouleversant. Liam est veuf, remarié puis divorcé. Il n’a pas vu grandir ses filles, connaît à peine son petit fils et entretient une relation distante et ennuyée avec son père. Son passé professionnel est peu reluisant, il a peu à peu abandonné tout projet ambitieux.

Et il rencontre Eunice (« née pour la victoire en grec »). Eunice a un emploi particulier, un peu souffleuse de répliques, comme au théâtre, un peu « disque dur externe » (p. 123). Rafraichissante et différente, elle égaye les journées désœuvrées et solitaires de Liam. Chaque homme est responsable de son propre bonheur. De son malheur aussi. Entravé par des idées d’un autre âge, il se refuse une dernière part de félicité.

Pourquoi ce titre ? Le patriarche biblique qui a sauvé l’espèce humaine et la faune du Déluge ressemble un peu à Liam. Embarqué sur son arche, sans horizon à rejoindre ni terre où accrocher son regard, il ne doit qu’attendre: attendre la clémence de son dieu, attendre en survivant que les eaux se retirent pour pouvoir poser le pied sur un morceau de terre solide. Liam erre, seul, sans autre perspective d’avenir qu’une retraite forcée dans une solitude assumée. Les remous amoureux qu’il éprouve avec Eunice sont une dernière tentation, les tensions qui l’opposent à ses filles sont une ultime épreuve avant de trouver la paix, de s’engager sur une voie sereine et dégagée.

C’est une très belle lecture, pétrie de sentiments. J’en garderai un beau souvenir. A tous les amis blogueurs qui me font le plaisir de passer par ici, je recommande ce roman.

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire