François Lay, dit Laÿs

Biographie d’Anne Quéruel.

François Lay, Laÿs de son nom de scène, a marqué l’histoire de l’Opéra de Paris de sa voix de baryton. Chanteur virtuose, bien que n’ayant pas le physique avenant des personnages qu’il incarne, son incroyable maîtrise du chant lui vaut les honneurs de la foule et la faveur des puissants au gré des régimes politiques. Maître de chant de la reine Marie-Antoinette et Premier Chanteur du Grand Couvert pour le couple royal, il est nommé Premier Chanteur de la Chapelle des Tuileries sous l’Empire par Napoléon Bonaparte. Artiste reconnu,  il excelle dans les rôles de bons vivants amateurs de femmes et de vin et il fait salle comble à chacune de ses apparitions. Sa carrière, étonnamment longue et réussie, dure 43 ans. La Restauration le met au rebut. « On voulait lui faire payer son attitude pro-révolutionnaire et ses amitiés sulfureuses avec des ‘suppôts de la Terreur’. Son cas était aggravé par la protection du Corse. » (p. 153) Exilé dans les Pyrénées, il termine paisiblement bien que chichement une existence faite de gloire et de succès.

L’homme était un Gascon pur et dur, aussi cabochard qu’épicurien, généreux par nature et large d’esprit par conviction. Le petit paysan de Barthe-de-Neste qu’il était, rebelle à la discipline mais curieux et intelligent, adhère rapidement et durablement aux idéaux sociaux prônés par Jean-Jacques Rousseau. « Son esprit de contestation et son amour de l’égalité » (p. 19) lui font fréquenter les milieux révolutionnaires et entrer dans le club des Jacobins. Partisan fidèle, il est toutefois effrayé par la Terreur et les débordements de ses compagnons révolutionnaires. Après un emprisonnement de courte durée et blessé par des huées à Bordeaux, il décide de ne plus se mêler de politique. « Son idéal de monde égalitaire et républicain, juste et attentif aux pauvres, volait en éclat. Il se jura dorénavant de se consacrer uniquement à son art et de ne plus chercher à faire de la politique. » (p. 102)

Fidèle en amitié, il s’entoure de personnages hauts en couleur venus de tous les milieux. Il y a ses compères chanteurs, Chéron et Rousseau, avec lesquels il mène la vie dure aux différents directeurs de l’Opéra. L’illustre peintre Jacques-Louis David fait partie des intimes du chanteur et il partage avec lui une cellule à la prison du Luxembourg pendant la Terreur. Aux côtés du député Bertrand Barère, il participe à la Révolution et chante La Marseillaise devant des sans-culottes déchaînés.

Au gré des représentations de Laÿs, on découvre les opéras de Gluck, Piccini ou Grétry. La mode, des perruques aux vêtements des élégantes de Paris en passant par les différentes décorations de l’Opéra, permet une belle incursion dans cette période de changements et de revirements. Et c’est avec ravissement que j’ai eu l’impression d’assister de l’intérieur au sacre de l’empereur (voir le superbe tableau de David) au cours duquel François Laÿs a fait montre de ses talents de soliste.

La biographie proposée par Anne Quéruel est richement documentée et plaisamment écrite. L’auteure propose des portraits fins et nuancés des personnages qui ont fait l’Histoire. Le texte se clôt sur un tableau récapitulatif très intelligent qui met en regard la vie du chanteur avec les œuvres artistiques majeures de ce temps et les évènements politico-historiques qu’il traverse. J’ai découvert avec plaisir ce personnage que je ne connaissais pas et je vais maintenant fureter dans la collection d’opéras des grands-parents en espérant mettre l’oreille sur les œuvres citées dans les pages de cette biographie.

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