Landes, de terre et d’eaux

Album d’Alain Dubos (textes) et de Philippe Valliez (images).

« Il est des pays dont la violence est maîtrisée par un décor en apparence pacifié, et que tourmentent pourtant, au hasard des colères de la nature, les catastrophes. Les Landes sont de cette famille-là, qui proposent au regard du passant les harmonies de leur paysage et, pour qui prendra le temps de regarder sous l’horizon, les décombres de leurs confrontations avec les humeurs du ciel. […] C’est cet ouvrage d’eau, de forêt, de silence et d’erratique humanité dont il sera question ici. Le parti prix est celui de la quiétude, pour l’esprit comme pour les yeux, à la recherche d’une vérité, d’un équilibre que seule la vision d’un peintre, avec ses approximations infiniment poétiques est capable de trouver. » (p. 5)

Les Landes, ce sont des bergeries, des pins, des animaux familiers à force d’être sauvages. Les Landes, c’est l’eau : « Fleuve ou marais, qui sait ? L’Adour n’est jamais loin, bel amant de la pierre immuable et sereine, il berça de son chant Vincent de Paul enfant, et se mêle au passage à l’onde qui guérit. » (p. 18 à 21) C’est aussi la forêt, cette « cathédrale sans fin sous le ciel atlantique » (p. 23) Au gré des mots et des images, on découvre des lieux comme Beylongue et Biscarosse, Capbreton et Saubusse, et Candresse…

Le verbe se déploie en alexandrins : les descriptions se font caresses et soupirs. Ici, la prose poétique donne voix à la sagesse du territoire. Celui qui parle a appris le pays, l’a éprouvé de ses regards et foulé de ses pas. La police utilisée est celle d’une main qui sait ses lettres, mais qui n’abuse pas de leurs pouvoirs. La phrase parfois s’échoue seule sur une grande page vide, elle ne touche plus le dessin. Alors, plutôt qu’un long discours, c’est l’image qui parle. Et sur le papier kraft de ce carnet de voyage intimiste se succèdent les gouaches, les esquisses et les fusains. Ils sont les hommages muets d’un peintre poète, amoureux de son modèle, mais infiniment respectueux et qui ne dévoile que la pudeur.

Ne vous ruez pas sur ce livre. Prenez le temps d’en tourner les longues pages. Revenez sur vos pas. Non, vous n’avez pas tout vu. Non, vous n’avez pas déjà entendu le chant de cette aigrette, ni déjà respiré le souffle de cette pinède. La collection Itinéraire bis porte bien son nom : ce n’est pas un Guide du Routard que vous tenez là. C’est le bout du fil d’Ariane d’un pays de majestueuse lenteur et de violence tapie. Et les seuls êtres que vous croiserez dans votre marche dans les Landes, ce sont les ombres des promeneurs qui ont eu le bonheur, avant vous, de s’égarer en ces lieux.

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *