Le liseur

Roman de Bernhard Schlink.

À quinze ans, Michaël rencontre Hanna Schmitz qui en a trente-cinq. Il devient son amant, son « Garçon ». Entre eux s’instaure rapidement un rituel amoureux très précis : « Lecture, douche, faire l’amour et rester encore un moment étendus ensemble, tel était le rituel de nos rendez-vous. C’était une auditrice attentive. » (p. 54) Hanna aime qu’on lui fasse la lecture. Ce qui semble un simple agrément dissimule en réalité un secret. Hanna disparaît un jour, sans prévenir. Pour le jeune homme, le choc est terrible. « Je m’étais certes détourné du souvenir d’Hanna, mais sans le surmonter. » (p. 100) Des années plus tard, Michaël, étudiant en droit, la retrouve. « J’ai revu Hanna en cours d’assises. » (p. 102) Hanna est accusée avec quatre autres femmes de la mort de prisonnières pendant la seconde guerre mondiale. Au cours du procès, Hanna reconnaît les faits, mais se défend maladroitement. Elle demande la justice et la justesse, mais son attitude et ses propos jouent sans cesse en sa défaveur. Michaël perce alors le secret d’Hanna à jour. Alors que la révélation pourrait aider l’accusée, Michaël choisit de se taire pour préserver l’orgueil blessé d’une femme déterminée et courageuse.

Le procès de ces cinq surveillantes de camp est le procès d’une génération qui n’a pas empêché les crimes. Hanna pose sincèrement au juge la question de la responsabilité, mais la réponse de celui-ci est sans valeur pour Hanna. « Elle aurait voulu savoir ce que, dans sa situation, elle aurait dû faire, et non s’entendre dire qu’il y a des choses qu’on ne fait pas. » (p. 128)

La lecture orale, dont on entend beaucoup parler, ne se fait jamais entendre dans le roman. L’oralité, la formulation et l’écoute sont des sujets centraux, mais aucun texte ne se fait jamais entendre pour lui-même au cours du récit. Cette absence fait écho au secret d’Hanna : on est toujours face à des textes empêchés, à des lectures entravées.

Le personnage d’Hanna est remarquablement écrit : cette femme est difficile à saisir jusqu’à la révélation de son secret. Tout s’éclaire ensuite et les contours se précisent. Le narrateur s’adresse à nous, son récit est une barrière contre l’oubli, mais aussi le portrait d’un jeune Allemand dans un pays qui ne cesse d’interroger son passé et de compter ses coupables et ses victimes.

Je m’attendais à un texte plus dense voire plus étouffant, mais Bernhard Schlink est étonnant de subtilité et de délicatesse. Les ressorts dramatiques sont présents, mais ils ne grincent pas. L’émotion se dégage sans nuire à la réflexion qui, elle-même, n’est pas pesante ni vaine. L’auteur ne prétend pas réécrire l’Histoire, ni absoudre certains crimes ou coupables : il met un visage sur une barbarie très humaine.

Le film de Stephen Daldry avec Kate Winslet et Ralph Fiennes m’avait beaucoup touchée. J’avais particulièrement aimé les scènes où le jeune Michaël fait la lecture à Hanna. Kate Winslet est étonnante de justesse dans ce rôle. Quant à Ralph Fiennes… encore un coup de maître pour le bel acteur, tout en retenue et en puissance contenue.

Les couleurs de ce film m’avaient particulièrement bouleversées, entre sépia, gris et brun. Très peu de couleurs vives et donc une atmosphère légèrement brumeuse. La représentation des camps est pudique et sans pathos. Le film est très fidèle au livre. Un coup double réussi !

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