Les petits chevaux de Tarquinia

Roman de Marguerite Duras. Lecture de janvier du Club des lectrices.

Vacances en Italie, entre la plage et les montagnes. Sara, Jacques, l’enfant, Ludi, Gina, Diana et l’homme au bateau passent leurs journées écrasés par le soleil, sans cesse indécis quant au programme de la journée. « Il n’y avait rien à faire, ici, les livres fondaient dans les mains. Et les histoires tombaient en pièces sous les coups sombres et silencieux des frelons à l’affût. Oui, la chaleur lacérait le cœur. Et seule lui résistait, entière, vierge, l’envie de la mer. » (p. 18) Du lever au coucher, la chaleur est discutée, haïe et fuie. Les journées s’écoulent mollement entre deux verres de bitter campari, une partie de boules et l’espoir de la pluie. L’indolence saisit chacun et en même temps la haine de cette indolence. « Le mal vient de ce qu’on fait tout trop tard, on dîne trop tard, on joue aux boules trop tard. Alors le matin on ne peut pas se lever et on se baigne trop tard, tout ça recommence… » (p. 204)

À se côtoyer de si près et à ne rien faire, les esprits s’échauffent et les disputes éclatent au sein des couples. Il n’y a guère que le projet d’un voyage jusqu’à Tarquinia, pour voir les chevaux sur les tombes étrusques, qui donne une perspective à ce séjour étouffant. Il y a aussi l’ébauche d’une histoire d’amour, les continuels reproches de la bonne, les caprices de l’enfant et l’histoire des deux vieux qui ont entassé dans une caisse à savon les morceaux du corps de leur fils, sauté sur une bombe de la dernière guerre.

La chaleur omniprésente et étourdissante se pose comme moteur de la non-action ou comme anti-moteur de l’action. Elle enraye toutes les volontés et retarde tous les projets. D’elle naissent la lassitude et l’écœurement. On perçoit une violence latente et un drame en suspend, comme un ressort qui se ramasse et attend le bon moment pour se détendre. Mais ce n’est pas dans ces pages qu’il sautera, tel le diable hors de sa boîte.

Dans le genre lent, chaud et contemplatif, j’ai de loin préféré Le désert des Tartares de Dino Buzatti. Voilà le premier roman de Marguerite Duras qui me déplaît. Les pages se tournent finalement sans difficulté, mais quel ennui ! C’était peut-être le but recherché, faire partager au lecteur l’indolence assommée des personnages. Mais ce n’est pas ce que je recherche dans un roman. J’attends d’une œuvre qu’elle m’éveille à un ailleurs et à un autre que je ne connais pas, pas qu’elle me renvoie à la vacuité d’une existence dont j’ai suffisamment conscience.

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