Quelques minutes après minuit

Roman jeunesse de Patrick Ness. D’après une idée originale de Siobhan Dowd. Illustrations de Jim Kay.

Le père de Conor est parti en Amérique avec sa nouvelle femme. La mère de Conor est très malade et les traitements semblent l’affaiblir de plus en plus. La grand-mère de Conor ne ressemble pas du tout à une gentille grand-mère. Les camarades de classe de Conor sont brutaux et moqueurs à son encontre. Bref, pour Conor, la vie est déjà très difficile et douloureuse. Et il y a ce cauchemar qui revient chaque nuit et qui le réveille en sursaut. Un soir, à 0 h 07, le grand if qui se dresse derrière la maison se transforme : un monstre entre dans la chambre de Conor et lui annonce qu’il lui racontera trois histoires avant d’entendre la sienne qui devra être la vérité. « Qu’est-ce que tu veux de moi ? demanda-t-il.  / Ce n’est pas ce que je veux de toi, Conor. C’est ce que toi tu veux de moi. / Je ne veux rien de toi. / Pas encore, dit le monstre. Mais bientôt. » (p. 40)

Le monstre n’est pas sorti d’un cauchemar et il ne se fait pas oublier quand le jour pointe ses rayons. Au contraire, il se montre à chaque fois que Conor perd pied à l’école ou chez sa grand-mère. Le monstre encourage Conor à exprimer ses sentiments, aussi violents soient-ils. « Les histoires sont des créatures sauvages. Quand tu les libères, qui sait ce qu’elles peuvent déclencher ? » (p. 61) Cet être effrayant venu des temps anciens représente toutes les peurs qui habitent l’enfant et se présente comme l’exutoire incarné des terribles sentiments qui se contredisent et se débattent dans le cœur et l’esprit du garçon. Il faut parfois des paraboles pour oser s’approcher de l’impensable et de l’incompréhensible, et quoi de plus impensable et de plus incompréhensible que la mort. « Les histoires sont importantes. Elles peuvent être plus importantes que tout. Si elles apportent la vérité. » (p. 151)

Les trois récits que le monstre fait à Conor sont pleins d’une subtilité qui, même si elle est un peu cousue de fil blanc, efface la frontière trop sage entre bien et mal, entre réel et irréel. Alors que Conor refuse de penser que sa mère ne guérira pas, il lui faut pourtant accepter l’idée du deuil et de la vie sans elle. Et son meilleur soutien, outre celui très ambigu que lui offre le monstre, lui vient de cette grand-mère si peu aimable au premier abord. « Sa maman à lui était sa fille à elle. Et elle était pour eux deux la personne la plus importante au monde. Et ce n’était pas rien d’avoir ça en commun. » (p. 210)

Dans l’ensemble, j’ai plutôt apprécié cette intrigue, même si je ne suis pas vraiment friande des romans pour la jeunesse. J’ai toutefois un gros reproche à émettre à l’encontre de cet ouvrage. Les illustrations sont sombres, beaucoup trop sombres. D’aucuns me diront que cela va de pair avec le cauchemar et la peur. Mais je ne comprends pas le parti pris de représenter le monstre, de lui donner une forme. Chaque lecteur a son propre monstre, ses propres terreurs : à mon sens, montrer le monstre, c’est empiéter sur l’imagination et diminuer d’autant la peur que peuvent susciter l’inconnu, le non-formé, l’ombre derrière le rideau.

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