Le chant d’Achille

Roman de Madeline Miller.

De l’enfance à la guerre de Troie, Patrocle raconte son amour total pour Achille. Le compagnon du meilleur des Grecs a vécu ses premières années entre une mère diminuée et un père méprisant. « J’étais facile à ignorer. » (p. 29) Exilé auprès de Pélée, Patrocle est choisi par le jeune prince pour être son frère d’armes. Les deux garçons font leur apprentissage auprès de Chiron, le sage centaure. Hélas, les heures tendres et dorées de l’enfance s’achèvent quand Ménélas appelle tous les rois grecs à lui apporter leur soutien : le roi s’est vu ravir son épouse, la belle Hélène, par Pâris, prince de Troie. Achille et Patrocle ont l’âge de se battre, quoi qu’en dise Thétis, la mère du prince : la mort l’attend s’il part au combat. Mais toute la Grèce attend que le jeune homme prenne les armes et fasse honneur à son destin.

« Quoi de plus héroïque que de se battre pour la plus belle femme du monde, et contre la plus puissante cité de l’Est ? […] Si tu manques cette guerre, tu perdras ta chance de devenir immortel. » (p. 152) Patrocle, piètre guerrier, mais soutien indéfectible, part avec Achille. Pour rien au monde il n’abandonnerait son ami, son amant, la deuxième partie de son être. Plus que tout, il espère sauver le héros de la mort. « Achille avait choisi de devenir une légende, et cette légende était en marche. » (p. 169) Et tout le monde connaît l’issue de cette légende : la colère d’Achille, le retrait des Myrmidons, la mort de Patrocle, la mort d’Hector et, finalement, la mort d’Achille.

Les mythes sont faits pour être réécrits. Comme dans Circé, Madeline Miller redonne vie à des figures millénaires et leur offre une épaisseur bienvenue. On retrouve Agamemnon, Nestor, Iphigénie, Ajax, Briséis et bien des dieux et déesses. Il y a évidemment l’orgueil d’Achille qui précipite la tragédie. J’ai lu avec passion ce récit porté par Patrocle. L’amant du héros n’est pas un faire-valoir : c’est lui qui révèle l’humanité de cet homme hors du commun. Avec son roman, l’autrice tire Achille de la légende pour lui rendre un hommage incarné et vivant. Je vous recommande aussi Une rançon de David Malouf : ici, c’est Priam qui vient supplier Achille de lui rendre le corps de son fils bien-aimé, Hector.

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire