Ce que ton regard promet

Récit de Chloe Dalton.

L’autrice a choisi de passer le confinement dans la campagne anglaise, loin de Londres. Lors d’une promenade, elle trouve un lapereau de quelques jours, abandonné, et le ramène chez elle. Elle ne connaît rien à la nature sauvage et ne sait comment s’y prendre avec cette petite créature. Elle veut la sauver, mais aucunement s’y attacher ni en faire un animal de compagnie. Au jour le jour, elle découvre ce qui convient à son petit protégé et elle se documente massivement pour lui apporter les meilleurs soins. Les semaines passent, les mois aussi, et le printemps revient : Chloe Dalton fait son possible pour préparer le levraut à la liberté, mais un lien s’est créé. « Il venait souvent fourrer son museau dans le creux formé entre mon bras et mon corps. » (p. 54) Entre confiance et respect mutuel, l’humaine et l’animal évoluent dans une maison et un jardin anglais. « Si j’étais en mesure de partager son espace, c’était uniquement parce qu’il m’y autorisait. » (p. 34)  Un jour, le lièvre franchit la clôture : il est prêt pour la vie dans la nature. Et pourtant, il revient régulièrement et – surprise ! –, voilà que le lièvre était une hase et qu’elle a sa première portée. Les saisons se succèdent et le bel animal sauvage reste aux alentours de la maison où il a vécu ses premiers jours, parfois poussant la porte pour manger un porridge d’avoine ou dormir sur un tapis. « Elle ne demandait rien sinon de ne pas être entravée. » (p. 107)

J’ai évidemment été très émue par cette rencontre au long cours avec un levraut et j’ai suivi avec plaisir les mots de l’autrice. Celle-ci ne cherche jamais à domestiquer le petit lièvre : elle veut coexister avec lui et plus largement avec la faune qu’elle devine de plus en plus autour de sa maison. Elle repense son jardin, son petit domaine avec des yeux neufs : ménager des abris, offrir de l’eau, ne pas gêner les déplacements, etc. « Derrière tous les soins que j’ai prodigués à la hase se cache le désir de me racheter, en réparant, autant que possible, l’impact que j’ai pu avoir sur sa vie. » (p. 166) Chloe Dalton observe de plus en plus son petit monde rural et apprend à en discerner les nuances. Cela donne lieu à de jolies pages, toutefois un peu niaises : difficile d’échapper au cliché de la working girl londonienne pressée, toujours entre deux appels et deux avions, qui soudainement découvre l’apaisement de la campagne. « Je me sentais acceptée dans mon environnement, un peu comme si je vivais en paix avec la nature. » (p. 70) Le livre est une mine d’informations sur les lièvres et les lapins : biologie, histoire, culture et politiques animalières, tout y passe. C’est parfois un peu dense, mais il y a des passages très justes sur les ravages de l’agriculture intensive, la dégradation des habitats naturels et l’appauvrissement de la biodiversité. L’autrice parle de l’horreur qu’est la chasse à courre, « loisir » encore si prisé dans les campagnes anglaises. « Des centaines de milliers de lièvres sont encore abattus chaque année en Grande-Bretagne pour le simple agrément des chasseurs. » (p. 51)

Cette lecture, douce et militante, rejoint mes ressources écologistes et s’inscrit évidemment dans mon challenge Totem. Pour finir, un rappel salutaire : les animaux sauvages, sauf exception ou urgence, ne doivent pas être enfermés. « Chez les lièvres en captivité, la première cause de mortalité n’est autre que le stress provoqué par le bruit et les manipulations trop fréquentes. » (p. 23) La nature n’appartient pas aux humains : ces derniers n’en sont qu’une espèce parmi d’autres, hélas bien trop prédominante et impactante.

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2 réponses à Ce que ton regard promet

  1. Lydia dit :

    Je pense que ça me plairait.

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