
Bande dessinée de Kan Takahama, adaptée du roman de Marguerite Duras.
Une très jeune Française désargentée issue d’une famille à la réputation entachée. Un jeune Chinois aux ressources illimitées. « C’est ennuyeux… Cet homme s’est attaché à moi. Ce qui veut dire que tout dépend de moi. » (p. 51) L’Indochine en 1930. L’histoire est connue, la silhouette de la jeune fille aussi, avec ses nattes et son chapeau d’homme. Ce qui se joue entre l’homme et la toute jeune femme, c’est une relation déséquilibrée : lui passionnément amoureux, elle détachée et honnêtement curieuse des choses du corps. « Je préférerais que vous ne n’aimiez pas. Même si vous m’aimez, je voudrais que vous fassiez comme d’habitude avec les femmes. » (p. 54) La romance bancale ne peut pas durer : lui est promis à un mariage de convenance, dans son milieu social ; elle doit partir en France. Que restera-t-il des étreintes interdites ? « Est-ce que ce Chinois, je l’aurais aimé d’un amour que je n’ai pas vu ? » (p. 147)
Cette adaptation graphique du roman de Marguerite Duras est une réussite à bien des égards. Kan Takahama rend à merveille l’atmosphère indochinoise, le poids des conventions sociales, le désespoir épuisé de la mère, la tyrannie du frère aîné, les expériences ingénues de l’adolescente presque femme. La mangaka aime ce roman et lui rend un bel hommage avec ses illustrations. « Pour moi, L’amant est un livre tout particulier. Mais sans doute ne l’est-il pas seulement pour moi : pour toutes les adolescentes qui aiment la littérature et qui l’ont lu, ce livre doit avoir une valeur particulière. » (p. 5) Je ressors très émue de cette lecture qui me rappelle combien j’aime l’œuvre de Marguerite Duras.