
Roman de Sylvie Germain.
La vie de Samuel est un enchaînement de surprises dont il est le premier à être la victime. Son premier roman rencontre un succès inattendu, les suivants sont des semi-déceptions, des réussites maigres. Ses relations se soldent toujours par la séparation, plus ou moins brutale. Sigrid, Mathilde et Aurel, Elsa, Tubutsch, ces êtres à qui il a donné son cœur ont en pris une partie en le quittant. Chagrin d’amour, chagrin d’amitié, chagrin de famille, chagrin d’orgueil, l’existence de Samuel est plus amère que douce. « Le temps est troué, le réel désarticulé, Samuel n’avait que l’écriture à sa portée pour tenter de rapiécer cette déchirure. » (p. 58) Sous la plume de Sylvie Germain se dessine le portrait d’un être lambda qui, entre d’éphémères pics d’exaltation, se laisse à aller à l’ennui et à l’attentisme. Cela pourrait être affreusement déprimant, terriblement lugubre : c’est en fait simplement humain, juste et flamboyant comme le sont les petits riens.
Je retiens de ce roman la force des beautés discrètes. Sylvie Germain parle à mots simples des complexités profondes qui constituent les êtres humains. « On ne sait pas toujours quels échos produisent les propos que l’on tient, faute de savoir apprécier l’acoustique intérieure des autres, même des plus intimes, faute d’avoir su repérer les zones grises de leur sensibilité, d’avoir mesuré l’étendue de leur susceptibilité, de leur fragilité. » (p. 20) Cette autrice me touche toujours par son talent à donner vie à des personnages plus grands qu’eux-mêmes.
Je vous laisse avec quelques phrases qui m’ont émue.
« Le langage le lâche, il se disloque en tous sens, comme le fuit le sommeil et se troue sa mémoire. » (p. 6)
« L’amour peut avoir une odeur de chien mouillé, les anges une puanteur de chien mourant. » (p. 73)
« Que deviennent les personnages auxquels on a donné vie, mais dont personne n’a connaissance, même curiosité ? » (p. 85)