Mouette

Roman de Dimitri Rouchon-Borie

Un homme se réveille sous terre, dans une étroite galerie ténébreuse. Comment, pourquoi et par qui est-il arrivé là ? Ce n’est pas important : l’homme-narrateur sait qu’il doit bouger. « Dans le Boyau, rien n’est possible. Et plus la peur gagne, plus tu rétrécis. » (p. 20) Au gré de sa progression rampante, annihilante, il renonce à la fierté, à l’orgueil, à l’humanité, à la raison, presque. « Comme si, pour grandir, il fallait perdre des trucs de soi. » (p. 55) Accompagné du souvenir de Lisa et du récit étrange contenu dans un cahier noir, il explore le Boyau, jusqu’à tomber sur d’autres hommes avec lesquels il faut composer, entre survie solidaire et violence individualiste. Et soudain, il y a Mouette, incarnation féminine de la douceur et de l’espoir. « Sa présence me fait fleurir les profondeurs. » (p. 148) Est-il alors possible de sortir du Boyau ? Et pour trouver quoi, au-delà ?

Ce roman claustrophobique est d’une intensité rare ! Il condense des angoisses millénaires, fondamentalement animales, mais résolument humaines. « Dans le monde d’avant, je parie que tu étais malheureux tous les jours sans savoir pourquoi. Ici, tu sais, et chaque seconde, pourquoi. » (p. 114) Dans le Boyau, lieu autant qu’entité et projection, il est impossible de tricher : l’individu est ramené à sa nature véritable, dans un dénuement désarmant. Cela ne rend la rencontre intime que plus puissante. L’auteur a écrit une des scènes érotiques les plus bouleversantes que j’ai jamais lues. « C’est quelque chose, d’être réchauffé là où vous êtes le plus fragile. » (p. 152) Avec ce roman, Dimitri Rouchon-Borie continue de développer une œuvre où le pire est toujours possible, voire certain. Cela pourrait être déprimant et hautement pathétique, mais il reste toujours une lueur, une étincelle vers le meilleur. C’est bouleversant et tout simplement beau.

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