
Roman de Christian Bobin.
Albain, petit garçon réservé, se lie d’amitié avec Geai, spectre en robe rouge pris dans les eaux noires du lac de Saint-Sixte. Qui est cette noyée et comment est-elle arrivée là, peu importe. Elle entretient un dialogue silencieux avec l’enfant qui, inévitablement, grandit. Après un accident de luge qui l’éloigne encore un peu plus du monde, Albain exerce différents métiers, lui qui n’aime que le violon et fait bâiller les gens. Il se découvre hors-la-loi, mais uniquement les nuits de pleine lune. Et toujours, Geai accompagne l’homme qui ne trouve pas de vraie compagnie parmi les vivants.
« Geai était morte depuis mille trois cent quarante-deux jours quand elle commença à sourire. » (p. 4) Rarement un incipit m’a autant saisie et ébranlé l’âme. Dès ces premiers mots, j’étais captive du conte tendre que Christian Bobin allait me raconter en moins de 90 pages. J’y ai retrouvé les thèmes chers à l’auteur : l’enfance gracieuse, les robes éclatantes, les humbles, la nature prodigue et immense. Dans ce texte où il ne parle pas directement de lui, le poète est tout entier présent, à chantourner les phrases pour en faire des miracles de beauté. J’ajoute précieusement ce petit roman à ma collection bobinesque et je sais déjà que j’y reviendrai, quand mon cœur lourd aura besoin d’ailes. Et je finis évidemment sur quelques merveilles extraites du livre.
« Le chagrin est une soupe au sel. Elle laisse l’estomac bien creux. » (p. 6)
« Être amoureux, c’est souvent l’être “vaguement” : le flou est propice aux états sentimentaux. » (p. 10)
« Mon Dieu, protégez-nous de ceux qui nous aiment. » (p. 20)
« On croit aimer des gens. En vrai, on aime des mondes. » (p. 71)