
Biographie de David Dufresne.
« Françoise d’Eaubonne était ma grand-mère. Quand elle déboulait, la terre tremblait. » (p. 14) Entre souvenirs personnels et archives des Renseignements généraux, David Dufresne dresse le portrait de son aïeule, plus tornade que mamie gâteau. Autrice, activiste, militante, Françoise d’Eaubonne a envoyé valser la rigidité de son milieu bourgeois pour être de tous les combats sociaux. Elle prône un activisme joyeux et anticonformiste, décomplexé et radical, et tant mieux si elle choque. « Sa liberté sacrifiait sa progéniture qu’elle aimait tant, mais qu’elle était matériellement incapable d’élever. » (p. 98) Dans sa chambre de bonne parisienne, elle fume, elle écrit des articles de presse et plus de cent livres, elle reçoit, elle héberge des parties fines, elle documente sa propre existence.
Le 3 mai 1975, elle est de ceux qui font exploser une bombe dans la centrale nucléaire de Fessenheim, alors encore en construction. « Notre action est l’exposition de la protestation primordiale de la vie contre le capital coupable de génocide, dernier stade de la société patriarcale d’oppression. » (p. 15) Cette phrase, tirée de l’acte de revendication de « la bande à d’Eaubonnot », porte en elle les concepts d’écoféminisme et de phallocratie, théorisés par l’écrivaine. Pour l’inarrêtable Françoise, il faut toujours combattre, toujours écrire et toujours vivre. Se poser, se calmer, très peu pour elle. « Entre deux attentats, Françoise virevolte d’un combat l’autre et accorde des entretiens comme jamais. » (p. 189)
Poussé par son oncle Vincent, le fils de Françoise d’Eaubonne, l’auteur s’est fait le biographe de son « impossible grand-mère », comme le dit le sous-titre du livre. Il a fouillé les mémoires et les documents familiaux, interrogé des proches encore vivants et d’ancien·nes compagne·ons de lutte et sollicité des services d’archives dans toute la France, parfois sans succès. Il nous dépeint le courage infatigable et têtu d’une femme forte de justes convictions et déterminée à les mettre en œuvre. « Ça, c’est Françoise d’Eaubonne. […] Ça vous ratatine – et ça vous donne des ailes. Et ça nous oblige. (p. 48) Que David Dufresne en soit certain, il est à la hauteur de sa géniale aïeule. Pour parler de celle-ci, il emploie un ton tout à fait bienvenu, à la fois enlevé, gouailleur et généreux. J’ai lu son texte en une après-midi, ravie d’en apprendre plus sur une pionnière du féminisme intersectionnel et émue de découvrir une généalogie militante avec le cœur placé au bon endroit. De David Dufresne, lisez 19 h 59, excellence uchronie politique.
Évidemment, ce livre pleinement sa place dans mes ressources féministes et écologistes !