Bonjour tristesse

Premier roman de Françoise Sagan.

Cécile, à un âge inconnu, raconte l’été de ses 17 ans. Elle passait l’été dans une villa au bord de la Méditerranée, avec son père Raymond, séducteur impénitent, et une de ses maîtresses, Elsa. Après quelques jours de parfaite détente et de nonchalance, à se soûler de soleil, de chaleur et de mer, Cécile avait compris que les vacances allaient prendre un autre visage. Anne Larsen, une ancienne amie de sa mère, femme de goût et de tête, était venue partager leur retraite ensoleillée. Entre Raymond et Anne, l’attirance était telle que, très vite, il fût question de mariage. Pour Cécile, il était inconcevable que son père lui échappe, et il lui était inconcevable de plier devant cette femme si belle, si attirante, si dangereuse.

Le titre de ce roman est le deuxième vers d’un poème de Paul Éluard, À peine défigurée. La narratrice ouvre et ferme son récit au son de la tristesse. « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. » (p. 7) « Je répète ce nom très bas et très longtemps dans le noir. Quelque chose monte en moi que j’accueille par son nom, les yeux fermés: Bonjour Tristesse. » (p. 180)

Cécile et son père entretiennent une relation filiale des plus étranges. Plus complices et amis que parents, ils rattrapent à leur façon les quinze ans que Cécile a passé au couvent, loin d’un père ne pouvant s’encombrer d’une enfant. Complaisante et acquise au style de vie de son père, elle n’en envisage pas d’autre ni de plus idéal, sans attache ni complication sentimentale.

Anne est une femme policée et cultivée. Elle met un terme à la vie de bohème de Raymond et sa fille, introduit dans leur quotidien des valeurs morales et bourgeoises. Du point de vue de Cécile, Anne est l’intruse qui la sépare de son père. La machination cruelle qu’elle met en place est trop lourde pour ses frêles épaules de gamine naïve. Trop jeune pour jouer les Merteuil, elle est trop vieille pour être une Lolita efficace.

Raymond est un personnage falot, un homme en retrait et inconsistant. Expert dans la chasse séductrice, il est impassible quand il est la proie que se disputent plusieurs femmes, pour différentes raisons. Cécile refuse de perdre son complice. Anne est légitimement attachée à son futur époux. Elsa venge son orgueil blessé. Raymond est une marionnette molle qui fait les volontés de toutes. Il plie face à Anne et lui abandonne l’éducation de Cécile. Il ne résiste pas aux attraits déployés d’Elsa et il plonge tête la première dans le piège tendu par sa fille.

Si Cécile vit son premier été d’adulte, au rythme de la romance qui la lie à Cyril et des méandres de sa relation avec Anne et son père, si elle entreprend des choses funestes, elle subit aussi beaucoup ce qui se déroule autour d’elle. Tout ce qu’elle initie lui échappe et elle se laisse porter, indolente et faible.

J’ai beaucoup aimé le rythme des mots. J’y ai trouvé une grande langueur parfois secouée d’une violence inattendue. Tout se déroule au rythme de l’été et de sa chaleur écrasante, mais les personnages comme les mots se révoltent parfois contre cette immobilité forcée, et on est face à une écriture qui se débat.

Les descriptions des paysages de la Côte d’Azur ressemblent à des aquarelles. L’auteure donne l’essentiel, on reconnaît les formes, on devine les éléments, mais aucun détail ne vient perturber l’attention qu’il faut porter au drame qui se noue. On a l’impression que le décor s’efface, s’épure, comme sur une scène de théâtre où il s’agit davantage de suggérer que de montrer.

Très court roman qui se lit vite et qui marque. La narration est fluide, l’écriture de Sagan est séduisante. Je la découvre avec ce texte et il était plus que temps! Maintenant que le premier pas est fait, les autres n’en seront que plus agréables.

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