L’amour aux temps du choléra

Roman de Gabriel Garcia Marquez.

Florentino Ariza est un jeune employé des Postes quand il croise le regard de biche de la toute jeune Fermina Daza. « Ce coup d’œil fortuit fut à l’origine d’un cataclysme d’amour qui, un demi-siècle plus tard, ne s’était pas encore apaisé. » (p. 74) Après plusieurs années d’une cour clandestine faite de lettres poétiques, de sérénades au violon, d’effleurements et de camélias blancs, Florentino vibre toujours pour sa belle, mais l’enfant est devenue femme et elle considère d’un œil dédaigneux les élans du cœur de son soupirant. Elle épouse rapidement le jeune Juvenal Urbino, médecin formé à Paris, homme d’ambition et d’avenir, décidé à sauver sa ville et ses concitoyens des ravages du cholera morbus. Si leur mariage tient bon face aux « grandes catastrophes conjugales » et aux « minuscules misères de tous les jours » (p. 39), la passion de Florentino n’en est pas moins constante et, pendant cinquante ans, il renouvelle à Fermina « [son] serment de fidélité et [son] amour à jamais ». (p. 68)

Si j’ai été très emballée par la première moitié du livre, j’ai fini par me lasser par des personnages et de l’intrigue. Fermina, « la demoiselle idéalisée par l’alchimie de la poésie » (p. 85), est agaçante, versatile, hautaine et bien trop consciente du pouvoir de ses charmes. Florentino tente de « se faire un nom et une fortune pour la mériter » (p. 205) mais, même si sa persévérance paie, son entêtement et sa façon d’idéaliser la capricieuse bourgeoise sont assez hypocrites. Il fait de la séduction de masse clandestine sa spécialité. Pour résumer son comportement: les honorer toutes, n’en admettre aucune. Juvenal, citoyen impliqué, catholique pratiquant, patricien des mers du sud, est bien loin des folies amoureuses de l’ancien amoureux de son épouse. Sa vie n’est qu’habitudes réglées et luxe prosaïque. Ses succès sanitaires dans la lutte contre le choléra sont admirables mais bien peu romantiques.

Le choléra? On en parle beaucoup dans ce livre. On vante les exploits de Juvenal, on pleure les morts des anciennes épidémies, dont le père de notre médecin. Mais on n’en parle en fait pas vraiment. Le microbe reste en dehors de la ville dès que Juvenal y pose le pied, à son arrivée de Paris. Même si le choléra frappe encore dans le pays, il ne fait pas de mal à nos protagonistes. J’espérais un peu une histoire façon Le hussard sur le toit dans la chaleur moite d’une ancienne ville coloniale. Ce choléra m’a fait l’effet du loup après lequel le petit Pierre crie si fort: beaucoup de bruit pour rien. Comme pour le légendaire trésor du galion englouti dans la baie de la ville, dont tout le monde parle mais que personne n’a jamais vu.

Le ridicule s’invite même dans la terreur que génère cette maladie si foudroyante. De quoi souffre le héros désespérément amoureux de sa lointaine beauté? De constipation chronique… On est loin des affres du choléra et de ses épanchements manifestes.

L’indolence de la narration est aussi étouffante que l’atmosphère qui précède les pluies tropicales qui inondent la ville du littoral caribéen où se déroule l’histoire. La lourdeur du récit est aussi le fait de la répétition systématique et maniaque des noms complets des personnages. Il n’y a de Florentino qu’Ariza, de Fermina que Daza et de Juvenal qu’Urbino. Les prénoms ne suffisent pas et il n’y a que le patronyme qui crée une identité. Fermina est peut-être une femme mariée, mais pas assimilée à son époux. Il y a sûrement de quoi faire avec l’onomastique dans ce roman, mais je ne m’y risque pas, je frôle l’overdose à force de lire les mêmes noms!

J’ai trouvé ce roman trop long, trop lent, trop répétitif, trop descriptif et pourtant j’aime les descriptions! J’hésite maintenant à regarder le film de Mike Newell adapté de ce roman. Bon, Javier Bardem tient le haut de l’affiche, je vais faire un effort…

Je pense être passée à côté de l’humour et de l’ironie de ce texte de Gabriel Garcia Marquez. Ou plutôt, je n’y ai pas été sensible. Du même auteur, j’avais largement préféré Cent ans de solitude. La narration était bien plus tortueuse et exigeante, mais je n’avais pas décroché d’une ligne!

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