La diagonale du traître

Recueil de nouvelles d’Hervé Hamon.

« Trahir, c’est sortir du rang et partir dans l’inconnu. » Milan Kundera signe la citation qui ouvre le recueil et qui donne le ton de ces douze tranches de vie.

Agnès C. – Agnès C.  est atteinte d’un carcinome bronchogénique. L’équipe médicale, présidée par l’éminent professeur Malbert, sait que l’issue est déjà écrite. La résistance de la jeune femme va ébranler tout le service et tempérer l’intérêt généreux du professeur.

Nouvelle Star – Numéro 113 dans la file d’attente qui passe devant le jury d’un célèbre télé-crochet, une jeune fille attend son tour. Accompagnée de sa meilleure amie Zouzou, elle a bravé le froid de la nuit et l’attente interminable. Se faire repérer dans la masse n’est pas chose facile, elle l’apprend à ses dépends.

Les yeux dans les yeux – Guerre froide, sous le mandat de Nixon. Lioubov Stepanovitch Khabliov est un agent russe qui tente de passer à l’Ouest en vendant des informations. Il doit convaincre le général Bromfield de sa motivation. Ailleurs, en Russie, un chef militaire suit avec attention une opération qui implique deux agents doubles qui ne se connaissent pas et qui se trompent mutuellement.

Dégage – Par téléphone, un homme apprend que sa femme le quitte pour un autre. Passée la première stupeur et les bilans douloureux, il reprend le fil de sa vie. La dernière trahison arrive quand il faut partager la maison.

Donnant donnant – Un flic attend beaucoup des informations d’un indic. Il découvre enfin qui chapeaute un important trafic de drogue, de filles et les jeux clandestins. Mais les motivations de l’indic sont des plus malsaines: en aucun cas, il ne cherche l’anonymat. Ses révélations sont une vengeance.

53° congrès – Un militant politique s’ennuie ferme à un énième congrès de son parti. Tout en profitant des charmes étalés d’une journaliste peu farouche, il analyse les relations entre courants politiques plus ou moins proches. « Ne soyez pas vulgaire, ne me dites pas que la politique est l’art de trahir. » (p. 87)

Jour de gloire – Un jour comme les autres, ou presque. Jérôme Trabuc, obscur écrivain d’une soixante d’années, apprend qu’il est le lauréat du prix Goncourt. « Cette plume allait être considérée comme grande, à l’aune de la seule monnaie qui vaille dans les mondes des Lettres – la réputation. » (p. 96) Mais ceux qui décident du destin des hommes sont versatiles.

M. Singh – Un touriste français fait le tour de l’Inde. À Bénarès, il s’offre les services d’un guide. L’homme, indien et hindou pure souche, n’est pas le dernier à critiquer le fonctionnement de son pays, au point d’accuser l’hindouisme de tous ses maux, et de rêver d’une Inde bouddhiste et moderne.

Sans famille – Albert est membre du Parti depuis la seconde guerre mondiale. Alors résistant saboteur, il appartenait à une famille. En 1963, les choses ont changé. Le Parti n’est plus qu’un ensemble de tendances qui s’attaquent les unes les autres. Accusé d’aventurisme contre le Parti, Albert doit se défendre contre les siens et contre son meilleur ami, Paulo.

Tellement formidable – Pour une chaîne télévisée du service public, un producteur, un réalisateur et un auteur s’affrontent dans la création d’une fiction. Mais rien ne dépend d’eux, tout vient d’en haut, d’une direction manipulatrice et inaccessible.

L’infidèle – Un jeune élève de province, en khâgne au lycée Henri IV, se rebelle contre la tyrannie intellectuelle instaurée par un professeur détestable et borné. Mais revenir chez lui, affronter ses parents qui lui ont tout sacrifié, c’est un combat plus douloureux. « Se cultiver, ma parole, il me semble bien que c’est trahir. » (p. 155)

Un Judas pareil – Quand Jean Dourduf décède, dans le petit village de Louvéac, le drame est plus municipal qu’humain. En effet, qui va incarner Judas, cette année, dans la passion du Christ à laquelle tout le village prend part? In extremis, le percepteur accepte le rôle. Et quel rôle ! « Percepteur, c’est déjà une sérieuse croix à porter. Alors Judas… » (p. 165)

Douze nouvelles délicieuses autour de la trahison. D’où vient-elle ? Qu’est-ce qui la motive ? Les raisons sont nombreuses : la haine, la jalousie, la lâcheté, l’argent, le pouvoir, la vengeance, la peur, etc. Le traître n’est pas toujours coupable, pas toujours mauvais, mais toujours humain.

Chaque nouvelle est teintée d’un humour toujours un peu grinçant, un peu noir. Le sourire est toujours un peu forcé, le rire un peu jaune. Et chaque lecteur peut se retrouver dans ces récits. La trahison, ce n’est rien d’autre qu’un dérapage, pas toujours possible à éviter.

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire