Solange Sand ou la folie d’aimer

Roman de Christine Drouard.

« Ma mère m’aime parce que je suis sa chair et ses os, mais je lui déplais. » (p. 156) La jeune Solange, fille de l’illustre auteure George Sand, grandit avec le manque cruel de l’affection maternelle. Très tôt mise en pension, l’enfant se languit de Nohant et de son Berry natal. Délaissée au profit de son frère Maurice ou des amants qui se succèdent, Solange entretient avec sa mère une relation faite de lettres et de disputes, de réconciliations et de brouilles reconduites. À mesure qu’elle grandit, elle charme l’entourage de sa mère qui tente de la marier avec un pâle jeune homme du Berry. Solange s’émancipe et choisit d’épouser Jean-Baptiste Clésinger, sculpteur renommé pour son art et ses débauches. Solange reste cependant seule: ses filles meurent jeunes, son mari la fuit et sa mère lui ferme sa porte. Solange, étrange absente des biographies qui fleurissent autour de la vie de sa mère, prend la parole et raconte son histoire.

Cette biographie romancée est pleine de risques! L’auteure fait parler Solange. Cette enfant délaissée se réapproprie un peu de sa substance en accaparant la narration. On est bien plus enclin à la croire puisqu’elle s’adresse à nous sans détour. À son récit s’ajoutent des extraits de correspondance privée et de journaux d’époque. Ces quelques éléments véridiques, trop rares, peinent à donner au texte une vraie portée historique. L’évocation d’évènements de l’histoire de France sont trop ténus. On survole, de bien trop haut, la Révolution de 1848, le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, la guerre franco-prussienne de 1870, la transformation de Paris par les bons soins d’Haussmann. La force de la biographie s’en ressent puisque son sujet semble bien peu chevillé à son époque.

Le récit est nourri de fantasmes et de légendes dont George et sa fille sont les héroïnes. Qui est le père de l’enfant ? Quelles sont ses relations avec les proches de sa mère ? L’auteure prend le parti de faire affirmer à son héroïne des suppositions non confirmées. Bien maigre complément pour la véracité historique du témoignage…

Au fil des pages, on croise les familiers de George Sand. Il y a ses amants: Jules Sandeau, Alfred de Musset, Frédéric Chopin, Prosper Mérimée peut-être. Il y a les amis et les proches du cercle intellectuel de l’auteure : Franz Lizst, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Eugène Delacroix, etc. Cette profusion de célébrités nuit au récit. La moitié de ces personnes n’ont pas de lien direct avec Solange. J’ai parfois eu l’impression de lire du « remplissage ». Il semble y avoir si peu à dire sur la fille Sand qu’il faut obligatoirement repasser par la mère pour nourrir le récit.

Mais l’histoire, si on décide d’ignorer la véracité et de ne s’en tenir qu’au texte, est touchante et bien écrite. Solange est une fille négligée, une épouse mal-aimée et une mère malheureuse. Sur les rondes épaules de cette belle jeune femme pèsent bien des malheurs. Elle semble si peu faite pour la vie qu’elle a menée: « J’étais née pour le coin du feu pour être aimée paisiblement et vivre en femme vertueuse et médiocre. Les passions violentes n’auraient pas dû être mon lot. » (p. 188)  Tout en elle clame l’amour de la terre de Berry et des habitudes campagnardes. Parisienne malgré elle, elle vit dans l’ombre de sa mère, géant littéraire et monstre féminin. Cette mère qu’elle appelle affectueusement puis ironiquement « mon George », cette mère à la pointe de l’avant-gardisme féministe lui refuse le droit d’être une femme épanouie et libre.

Le texte se lit vite, très vite. L’écriture est simple, parfois un peu trop. Peut-être trop de pages pour un si maigre sujet. J’aurais préféré que l’auteure prenne le parti de la romance et l’approfondisse. Au diable la crédibilité historique puisqu’elle elle apporte si peu ! Puisque la vie de Solange Sand semble écrite sur des fantasmes et des bribes enfumées, autant forcer le trait et faire de cette existence si ténue une nouvelle légende ! Bref, je suis frustrée d’Histoire et de fantaisie.

Petit détail surprenant: dans ces pages, j’ai encore rencontré Gustave Courbet et son Origine du monde. Ce tableau accompagne beaucoup de mes lectures depuis quelques mois…

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