M. Malchance

Album de Roger Hargreaves.

Ne soyez pas étonnés par la forme de ma chronique. C’est ma participation au concours de La lettre à l’écrivain de Babelio, en partenariat avec le festival À vous de lire.

J’ai choisi d’écrire à Roger Hargreaves dans la catégorie San-Antonio. Vous vous en doutez, connaissant l’auteur, il s’agit d’écrire une lettre sur un ton décalé.

J’ai tellement aimé cet exercice que je ne promets pas de ne pas remettre ça avec un autre auteur et sur un autre ton !

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Faut qu’on cause Hargreaves,

J’vous la fais courte sur le comment j’ai eu le bouquin dans les mains. Ma bourgeoise m’a traîné à la librairie. Celle-là, elle me coûte plus cher en bouquins qu’en permanentes. Bon, ça vaut peut-être mieux. Vu sa tronche, y’a pas grand-chose à faire. Mais bon, elle est bien gentille et puis elle héritera du bistrot de son oncle. Finalement, elle assure un bon retour sur investissement.

Tout ça pour dire qu’en plus de passer des heures le nez dans des bouquins, elle aimerait que notre môme, Gégé, fasse pareil. Elle en a marre qu’il passe ses journées devant la télé. Mais bon, il a que sept ans le mioche. Elle peut pas lui faire lire de la grande littérature. Mais bon, je sais pas, j’y connais rien en littérature. J’ai lu un bouquin une fois, j’ai trouvé ça tarte. Et votre bouquin, ben, c’est pas mieux.

Rien que le titre : M. Malchance. Vous trouvez que les mômes ont assez de sujet de se faire du mouron ? Vous regardez pas le 20h vous ? Votre zig, c’est qu’un pauvre type qu’a pas la vie facile. Des petits malheurs, des gros bobos, des bandages partout et une poisse pas possible. C’est incroyable d’être poissard à ce point ! J’ai recopié un morceau : « Dès que quelque chose était perdu, ou cassé, ou déchiré, ou ébréché, ou brisé, ou fendu, ou cabossé, ou écrasé, on savait que monsieur Malchance était passé par là. » Votre gusse, c’est un môme qui a pas appris la valeur des choses ! Il aurait pris une paire de baffes chaque fois qu’il pétait un truc, je peux vous dire que ça l’aurait calmé. Pendant un temps, ma gamine était pas foutue de mettre la table sans bousiller une assiette ou un verre. Je vous assure que maintenant elle fait bien gaffe !

La suite de votre histoire est un peu chiante. Vous nous montrez tous les malheurs du bonhomme : il tombe à l’eau, il tombe du bus, il se tape sur les doigts avec un marteau. C’est sûr que quand on a deux mains gauches, faut pas jouer avec les outils des grandes personnes. En vrai, votre monsieur Malchance, il est pas un peu attardé ? Mon gosse sait déjà planter un clou tout droit. Et il aime bien aider son père. Sûr que j’en ferai quelqu’un de mon Gégé !

La morale de votre histoire est foireuse. Enfin, je pense que c’est une morale. Je me souviens que de celles de La Fontaine, quand il fallait réciter devant la classe. J’aimais pas ça, tous les binoclards du premier rang récitaient en silence et se foutaient de moi quand je me gourais. Bref, à la fin, vous dites que le malheur peut toujours servir ou un truc comme ça. Donc vous, plutôt que d’encourager les pas dégourdis à se sortir de la mouise, vous préférez qu’ils y restent et qu’ils soient contents ? C’est bizarre.

Et j’ai pas compris ta dernière phrase : « Alors si tu te cognes quelque part, tu sais ce qu’il faut faire ? Croque une pomme et pense à monsieur Malchance. » Je suis pas sûr, mais vous parlez politique, là ? Ma bourgeoise a dit que non, que j’avais rien compris et que je ferais mieux de lire plutôt que passer mon temps à râler avec les collègues. Mais moi, je crois bien que c’est politique.

Heureusement qu’y a des images dans votre livre. Mais mon Gégé dessine déjà mieux que vous. Un bonhomme tout rond et tout bleu, c’est un peu facile. Walt Disney, en voilà un type qui sait dessiner ! Autre chose, faut faire attention à ce que vous faites. Vous parlez d’un chat et, l’image, c’est un chien. Même moi, j’ai remarqué l’erreur et pourtant, j’étais pas bon en orthographe !

À la fin de votre livre, y’a la liste de tous les autres bouquins que vous avez écrits. Je pense pas qu’on les fera lire à Gégé. Enfin, ma femme aimerait bien. Elle trouve que c’est chou ce que vous faites. Sauf votre respect, moi je trouve ça naze. Vous avez écrit l’histoire de Madame Malchance, ça doit être la femme du zig tout bleu. Bon, il y a aussi Madame Chance, mais si vous écrivez juste l’inverse, c’est pas trop dur comme boulot.  Je vous donne un conseil, on est entre nous. Vous avez aussi une Madame Prudente dans votre collection. Alors essayez d’arranger un rencart avec Monsieur Malchance, ça équilibrera peut-être.

Bon, voilà, c’était juste pour vous dire que vous devriez peut-être faire autre chose comme boulot. Parce que ça se voit bien que vous manquez d’inspiration et puis vous dessinez pas si bien. Mon Gégé, il a bien rigolé avec votre bouquin, mais je pense que je vais plutôt l’emmener avec moi maintenant, il apprendra aussi bien la vie.

Marcel, le père du petit Gégé. 

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