Persepolis

Roman graphique  et autobiographique de Marjane Satrapi.

Marjane est née en Perse, sous le régime du Shah. Elle vit richement à Téhéran avec ses parents. Ces derniers sont modernes et cultivés et ils souhaitent donner à leur fille une très bonne éducation. Marjane étudie au lycée français et elle baigne dans un univers de tolérance et de conscience politique. À huit ans, elle décide qu’elle sera prophète. Elle écrit son livre sacré, parle à Dieu quotidiennement et souhaite mettre en place un monde meilleur. « – Comment tu vas faire pour que les vieilles ne souffrent plus ? – C’est simple, ce sera interdit. » Marjane est une gamine curieuse et avide d’apprendre. Elle lit tout ce qui lui tombe sous la main et découvre très tôt les théories marxistes défendues par son oncle Anouche et ses proches.

Dans les années 1980, la révolution islamique met en place une république qui n’en a que le nom. Le régime tourne rapidement à l’intégrisme. Le port de la cagoule en public est obligatoire pour les femmes. La guerre contre l’Irak ravage le pays. Les bombardements détruisent le pays. Insécurité extérieure et oppression intérieure plongent les Iraniens dans la peur. Il faut faire attention à tout. Tout le monde peut être un délateur. Les rébellions sont minuscules, mais les châtiments sont exemplaires. Marjane est avide d’héroïsme et d’action. Graine de révolutionnaire et enfant passionnée, elle ne mâche pas ses mots ni ses idées et écoute Iron Maiden et Kim Wilde à plein volume.

Mais ses parents sont inquiets. Les bombardements et les arrestations iniques se multiplient. Marjane part pour l’Europe. En Autriche, elle fait l’expérience du déracinement et de la solitude. Dans un pays libre, en paix et prodigue, elle est bien plus misérable et malheureuse qu’en Iran. Elle comprend que l’intégration n’a de sens que si on reste intègre à soi-même. Mais perdue dans ce pays qui la rejette vaguement et dans lequel elle manque de repères et d’attaches affectives, Marjane accumulent les erreurs, les fréquentations douteuses et les mauvaises passes. Le retour en Iran est difficile, mais Marjane est enfin auprès des siens. Néanmoins, ce pays n’est pas pour elle.

Le livre se découpe en grandes parties qu’inaugurent des chiffres monumentaux qui tiennent toutes la page. Elles correspondent aux quatre tomes de l’histoire ici regroupés en un volume. Les parties se divisent en chapitres dont le titre est comme un frontispice. Tout n’est que blanc et noir et c’est parfois très étouffant. Les grands aplats de noir font peser une lourdeur infinie sur la page, ce qui traduit l’oppression du régime et la peur omniprésente.

On a déjà beaucoup parlé de Persepolis. C’est une œuvre intéressante sur l’Iran, mais elle ne m’a pas vraiment touchée. Contrairement à Marzena Sowa qui est redevenue une enfant pour parler de la Pologne, Marjane Satrapi pose un regard adulte sur le passé et ses souvenirs. Bien que son récit présente des faits émouvants et révoltants, la sauce n’a pas vraiment pris.

Le film d’animation de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi m’a plu bien davantage. Étrange, me direz-vous. L’histoire et les images sont les mêmes. Mais le film a l’avantage du mouvement : il libère les images et allège le poids du noir. L’usage des camaïeux de gris est salutaire. L’image gagne en profondeur, en épaisseur et, pour ma part, en émotion.

C’est donc un petit raté pour ce livre. Dommage.

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