Le coupeur de roseaux

Roman de Junichiro Tanizaki.

Un homme se rend dans le sanctuaire de Minase, un ancien palais impérial. Obsédé par un très vieux poème adressé à l’empereur, il déambule dans les lieux avec admiration et émotion. « Sans doute l’aspect des montagnes au-dessus de la rivière et le cours de celle-ci avaient-ils dû subir quelques changements en l’espace de sept cent ans, mais le paysage qui se peignait dans mon âme, chaque fois que je récitais le poème de l’empereur retiré, ressemblait dans l’ensemble à la vue qui s’étendait sous mes yeux. » (p. 27) La découverte enchantée du sanctuaire exacerbe le lyrisme du narrateur qui, sous l’effet du vin, commence à écrire en admirant la lune pleine.

Sa retraite créatrice est interrompue par l’apparition d’un homme dans les roseaux qui se propose de lui narrer une histoire extraordinaire. Il l’invite d’abord à boire : « Acceptez cette coupe pour le prix de la piètre récitation que vous me ferez la grâce d’écouter. Tout l’effet en serait gâté si votre griserie se dissipait. » (p. 47) Une fois achevées ces libations poétiques, l’inconnu des roseaux raconte la curieuse relation qui unit son père à deux femmes, son épouse O-Shizu et sa belle-sœur O-Yû. Cette dernière était une femme éblouissante, d’un grand raffinement et habituée au luxe. Le père de l’inconnu était très épris d’elle, mais elle parvint à lui faire épouser sa sœur tout en gardant un contrôle certain sur le couple.

Le récit s’achève par la disparition de l’inconnu. Qu’est-il donc advenu au cours de cette soirée ? Sont-ce les effets du saké qui ont joué sur l’esprit du narrateur ? Difficile d’affirmer quoi que ce soit, si ce n’est que la longue rêverie du narrateur, soulé d’alcool et de lune, se dissipe dans un bruissement de roseaux, emportant ainsi le mystère de la troublante O-Yû qui hantera longtemps les esprits qui ont eu connaissance de son histoire.

J’ai particulièrement aimé la construction du récit. On passe d’un narrateur à la première personne à un autre, dans un système de récits enchâssés et de correspondances. Ce court roman est riche d’une antique intertextualité : haïkus, poèmes impérieux et créations artistiques s’égrènent dans la première partie. L’histoire d’O-Yû est une réécriture d’un vieux conte japonais. Junichiro Tanizaki connaît les œuvres classiques et les honorent, tout en proposant des variations très personnelles et modernes. Même si je n’ai probablement pas saisi toutes les nuances du récit, j’ai apprécié sa beauté et sa délicatesse.

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire