Stupeur et tremblements

Roman d’Amélie Nothomb.

La narratrice, Amélie, est belge et nul ne saurait ignorer qu’elle est un avatar de l’auteure. Passé ce premier constat, voici l’histoire. En 1990, Amélie est embauchée dans l’entreprise japonaise Yumimoto, au 44° étage. Comme elle le dit elle-même, « après tout, ce que j’avais voulu, c’était travailler dans une entreprise japonaise. J’y étais. » (p. 14) Après tout ? Oui, parce que le beau rêve d’Amélie tourne vite au réveil doux-amer. L’entreprise Yumimoto est soumise à des codes abscons pour les Occidentaux et à une hiérarchie totalement verrouillée. Pour avoir osé défier, sans le vouloir ni le savoir, sa supérieure directe, la magnifique Fubuki Mori, Amélie va connaître tous les échelons de l’humiliation. « Le Japon est un pays qui sait ce que ‘craquer‘ veut dire. » (p. 60) Alors qu’elle briguait une place d’interprète, elle finit responsable des toilettes du 44° étage. Toutefois, dans un esprit tout japonais d’honneur, elle ne démissionne pas et se soumet. « J’avais à présent sous les yeux l’horreur méprisante d’un système qui niait ce que j’avais aimé et cependant je restais fidèle à ces valeurs auxquelles je ne croyais plus. » (p. 134)

Amélie apprend donc l’humiliation auprès de la belle et perverse Fubuki Mori. Seule femme cadre de l’entreprise et décidée à ne pas perdre son poste. Fubuki représente le mur sur lequel se brisent les espoirs et les ambitions d’Amélie qui rappelle que, « dans l’ancien protocole impérial nippon, il est stipulé que l’on s’adressera à l’Empereur avec ‘stupeur et tremblements‘. » (p. 172) Dans une comédie plus ou moins sincère, c’est ainsi qu’Amélie quitte l’entreprise et le Japon.

Ce roman n’est pas mal écrit, le style est enlevé et je lui reconnais une fluidité certaine. Mais – comme diraient certains critiques avisés – sans plus. J’ai tout de même apprécié les quelques pages où la narratrice décrit les conditions de vie des Japonaises : c’est toute une leçon de féminité, certes particulière pour des yeux étrangers, mais riche en enseignements. Le fantasme récurrent de la défenestration est assez original, de même que cette envie de se répandre sur la ville nippone et d’être enfin absorbée par ce grand-tout. Dommage que cela ne soit pas davantage mis en avant. Lirai-je encore un roman d’Amélie Nothomb ? Il s’agit là d’un deuxième essai et je pense que cela suffira.

Le film d’Alain, Corneau, avec Sylvie Testud dans le rôle principal, est assez intéressant. Il reprend au mot près les phrases du titre. L’échevelée Sylvie Testud s’oppose violemment à l’actrice qui incarne Fubuki, toujours impeccable et inaccessible. L’image met clairement en évidence que, dans la société nippone, la hiérarchie est source d’humiliation, mais également de souffrances. Bref, un moment plaisant, mais – encore une fois – sans plus.

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