L’ingénue libertine

Roman de Colette.

Minne est l’enfant chérie d’une veuve inquiète et très protectrice. Blonde enfant aux cheveux d’argent, Minne s’étourdit en lisant les aventures et les hauts-faits des canailles qui sévissent la nuit dans les faubourgs. « Pour Minne, tout cela est monstrueux et simple à la manière d’un roman d’autrefois. Elle sait, à n’en pas douter, que la bordure pelée des fortifications est une terre étrange, où grouille un peuple dangereux et attrayant de sauvages, une race très différente de la nôtre. » (p. 18) Dans ses rêves échevelés de petite fille, elle se voit au bras du Frisé, le célèbre coquin que les forces de l’ordre échouent à attraper, et régnant sur le monde des malfrats et des assassins parisiens. Que lui importe alors la fébrile admiration de son cousin Antoine, adolescent hésitant et maladroit ! Chipie aux idées terribles, Minne joue à la femme et essaie son pouvoir naissant sur ce pauvre cousin balbutiant et timide. « Antoine éprouve l’indigence des moyens de plaire, et qu’un amoureux ne saurait être beau, s’il n’est aimé… » (p. 51)

Mais les rêves de Minne la conduisent une nuit hors du nid maternel. Au terme de cette équipée tiède, il ne lui reste qu’à épouser Antoine. Si le garçon est follement reconnaissant d’avoir reçu Minne pour épouse, la jeune mariée cherche dans d’autres bras la passion qui manque à son couple. Mais d’amant en amant, se donnant sans chaleur, Minne ne trouve pas le plaisir que tous les romans chantent avec ardeur. Où la trouver cette fameuse extase ? « J’ai couché avec lui et trois autres, en comptant Antoine. Et pas un, pas un, vous entendez bien, ne m’a donné de ce plaisir qui les jetait à moitié mort à côté de moi ; pas un ne m’a assez aimée pour lire dans mes yeux ma déception, la faim et la soif de ce dont, moi, je les rassasiais. » (p. 158) Peut-être lui faut-il d’abord trouver l’amour mais, là encore, où se trouve-t-il ?

C’est avec plaisir que j’ai suivi les folles errances de Minne, enfant gâtée à l’imagination viciée. Mais bien davantage, j’ai éprouvé une tendresse agacée pour Antoine, mari amoureux disposé à tous les sacrifices tant qu’il garde auprès de lui une épouse indifférente. Colette parle avec humour de l’adultère : « Pourvu qu’une femme ait des faiblesses, la force du mari, moi, je m’en fiche ! » (p. 103) Voilà qui est dit et on se demande qui est la moins farouche, l’héroïne ou l’auteure…

C’est avec audace que Colette aborde la question de la quête du plaisir féminin. Au lieu de le considérer comme une fin en soi, elle en fait la preuve de l’existence de l’amour selon une conception très romantique et romancée de la relation physique. L’écriture est enlevée et un brin insolente : Colette se doutait qu’un tel sujet ne laisserait personne indifférent. Aujourd’hui, un siècle plus tard, la formule fonctionne toujours !

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire