Shirley

Roman de Charlotte Brontë.

Robert Moore voit son commerce de draps péricliter en raison de la guerre qui oppose la France et l’Angleterre. En outre, ses ouvriers refusent qu’il installe des métiers à tisser dans la fabrique, craignant de perdre leur emploi. À ses côtés, sa sœur Hortense tient le ménage et à fort à faire avec des domestiques indisciplinés. Leur cousine, la douce et jolie Caroline, orpheline de père et de mère, est très éprise de Robert et désespère d’en être aimée en retour. Mais le jeune homme ne se préoccupe que de son entreprise. À proximité de Hollow se trouve Fieldhead, le domaine de la jeune Shirley, également orpheline et héritière d’une belle fortune. Indépendante et fougueuse, elle dirige sa vie avec sagesse et liberté, guidée par sa gouvernante, la mystérieuse Mistress Pryor, et bien décidée à ne pas se plier à la volonté de son oncle qui voudrait la voir se marier au plus vite. Shirley se lie d’amitié avec Caroline, mais un nuage plane sur leur relation. La fortune de la première peut-elle sauver le négoce de Robert Moore ? Si oui, ce ne sera qu’avec un mariage et au désespoir de Caroline. Arrive Louis Moore, le jeune frère de Robert, précepteur très épris d’une ancienne élève. À chacun sa chacune, reste à savoir qui épousera qui.

Ce roman met longtemps, longtemps, longtemps à démarrer. Le décor est bien posé, l’atmosphère bien installée, l’histoire peut enfin commencer. Outre l’amour, ce roman parle du mariage et cette institution est à la fois moquée et honorée. « S’il est une chose que je haïsse par-dessus tout, c’est l’idée du mariage. J’entends le mariage dans le sens vulgaire, et comme pure matière de sentiment : deux fous consentent à unir leur indigence par quelque fantastique lien de sympathie mutuelle, quelle absurdité ! Mais une union formée en vue de solides intérêts n’est pas si mauvaise, qu’en dites-vous ? » Entre l’union toute commerciale et l’alliance sentimentale, il n’est pas difficile de comprendre vers où le cœur de l’auteure se penche. Non, ne vous fiez pas à la citation précédente ! Le roman est également un plaidoyer en faveur de l’éducation des filles qui ne sont pas que bonnes à faire de la broderie ou à du piano. Selon Charlotte Brontë, le mariage doit élever les deux époux et les placer à égalité. « Un homme et une famille rendent un homme prudent. »

Ceci dit, nous sommes encore dans une histoire où les jeunes filles dépérissent d’amour et où les hommes sont aveugles aux peines des femmes tant qu’elles ne s’effondrent pas dans leurs bras. « Je crois que le chagrin est et a toujours été le vif aliment de ma maladie. Je pense quelquefois qu’un peu de bonheur me ferait pleinement revivre. » Passons cela. Les personnages sont finement construits. Je retiens avec délectation les portraits liminaires et finaux des vicaires Malone, Donne et Sweeting. J’ai aussi vraiment apprécié l’introduction progressive des personnages : Shirley n’entre en scène qu’après un tiers du roman et Louis Moore environ 100 pages avant la fin. Ça redéfinit le sens de personnage principal et déplace l’intérêt d’un protagoniste à un autre sans en léser aucun. Petit détail cocasse : quand le roman est paru, Shirley était un prénom masculin ; il est devenu féminin après l’immense succès du roman. Les lecteurs de l’époque s’attendaient à un héros masculin : quelle surprise cela a dû être de voir débarquer l’impétueuse jeune héroïne !

Shirley n’est pas tragico-gothique comme l’est Jane Eyre, roman que j’aimerai d’amour pour toujours. Il a toutes les qualités sociales d’un roman d’Elizabeth Gaskell et tout le piquant cynique d’un roman de Jane Austen. Oubliée ma déception après ma lecture du Professeur ! Shirley est un excellent roman de Charlotte Brontë, pour un peu qu’on lui laisse sa chance et qu’on survive à ses cent premières pages.

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