Fils de la providence

Romans d’Herbjorg Wassmo.

ATTENTION – Je résume les deux tomes en même temps, vous risquez d’en apprendre plus que vous le souhaitez…

Tome 1

L’histoire de Benjamin commence exactement là où l’on avait laissé Dina dans Mon bien-aimé est à moi. L’enfant est désormais lié à sa mère par le drame dans lequel a péri le Russe Léo. Benjamin grandit, toujours fasciné par Dina et avide de la garder pour lui seul. « À mon avis, c’était quelqu’un qui abandonnait tout ce que l’on ne pouvait pas rendre immortel. » (p. 20) Lui aussi entend la voix des morts qui peuplent Reinsnes, mais contrairement à sa mère, cela ne suscite chez lui que des terreurs incontrôlables. Le garçon est envoyé à Tromso pour ses études : loin de Reinsnes, il commence à percevoir qu’il peut devenir quelqu’un, même sans sa mère.

Dans cette duologie, c’est la voix de Benjamin que l’on entend, et non celle de Dina. Dans le prologue, l’enfant devenu adulte part à Berlin chercher le violoncelle de Dina, toujours introuvable. C’est là que l’on comprend qu’elle a fini par quitter Reisnes. Et, entre les lignes, Benjamin laisse entendre qu’à son tour, il a tué quelqu’un par amour. Entre prétéritions, demi-vérités et doubles sens, Herbjorg Wassmo sait construire un récit haletant qui fascine pour longtemps.

Tome 2

Après des années à étouffer dans son petit village du cercle polaire, Dina a enfin mis à exécution son projet : quitter Reinsnes avec son violoncelle pour apprendre à vraiment jouer de cet instrument avec lequel elle fait corps. Benjamin a grandi sans cesser d’espérer le retour de sa mère, mais incertain de l’accueil qu’il lui ferait si elle rentrait enfin. À Copenhague, il suit des études de médecine et se lie d’amitié avec Aksel, fils d’un pasteur danois. Quand Bismarck attaque le Danemark, Benjamin s’engage dans les unités de soins et son enfance est désormais loin.  « Reinsnes était comme un endroit décrit dans un livre. » (p. 40) Sur les champs de bataille, il rencontre Karna, beauté blonde dont il causera la perte. Dans les choses de l’amour, Benjamin est comme Dina : brûlant et insatiable. « Si seulement j’avais pu la prendre dans mes bras ! On ne devrait pas avoir besoin de parler de tout. » (p. 69) Il a de nombreuses amantes, dont Karna, mais s’éprend aussi d’Anna, la brillante fiancée d’Aksel. Mais toujours torturé par l’absence de sa mère, même après son diplôme de médecine, Benjamin reste finalement un enfant triste et perdu. « Elle n’écrivait pas ! Pourquoi, nom d’un chien, n’écrivait-elle pas ? Qu’est-ce que je lui avais fait ? Mis à part ce qui avait été involontaire : avoir été témoin de son acte ? » (p. 134) Le jeune Norvégien est déterminé à s’accuser du drame qui a emporté le Russe si cela peut lui ramener Dina.

Ce deuxième tome m’a moins plu que le premier. Dans l’égoïsme, contrairement à sa mère, Benjamin est agaçant (mais peut-être sont-ce ma sororité et mon féminisme qui parlent…). L’absence de Dina est écrite de telle sorte que la maîtresse de Reinsnes est omniprésente et comble tous les creux. Il me tarde de revenir dans les latitudes polaires avec la petite Karna, dans la trilogie intitulée L’héritage de Karna.

Ce contenu a été publié dans Mon Alexandrie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire